Bloody Omaha

par

Aux héros de Bloody Omaha, morts pour notre liberté.

Vaisseau de fer

Si noble si fier

Dans la Lumière

De Saint Laurent sur Mer

Sculpture Sublime

Hommage ultime

Sur le rivage

Aux héros d’un autre âge

Vaisseau de fer

Défiant le temps

Dans nos mémoires

Aux ailes, de la Fraternité

Et de l’Espoir déployées

Portées par le souffle

de l’Histoire

Debout la Liberté !

 

 

 

 

 

 

 

La belle Omaha

Ce matin, les équipes du génie sont à la tâche. Débarquées un peu plus tôt, après un bombardement dévastateur sur les défenses Allemandes, les premiers Américains ayant posé le pied sur le territoire occupé, s’affairent au démontage de milliers d’obstacles. Les deux premières divisions de l’Oncle Sam avancent prudemment en répondant aux quelques tirs provenant des hauteurs de la plage. Le plan se déroule à la perfection. D’ici une heure, peut-être deux au maximum, le débarquement des troupes composées de milliers d’hommes, de matériels, de chars et autres véhicules va pouvoir débuter. Averti par radio de chaque étape accomplie, le Général Omar Bradley est confiant. Le pire est sans doute passé.

C’est ainsi que le débarquement des Alliés sur Omaha Beach aurait pu se raconter. Mais l’histoire en a décidé autrement. 

Ce mercredi 29 janvier 2020, j’ai pleinement conscience d’être un privilégié. Il fait doux, une dizaine de degrés au moins par un faible vent et un soleil bien présent qui contribue fortement à embellir davantage cette journée. Je suis un privilégié car ce jour, j’ai décidé de me rendre à Omaha Beach dans le but de redécouvrir la belle dame. D’une manière nouvelle, en prenant le temps de la contempler, de l’admirer et de penser. Je suis un privilégié car durant toute cette demi-journée, je suis seul ou presque avec elle. Les bénéfices sans doute de pouvoir se déplacer hors période de vacances scolaires. C’est incroyablement prétentieux de le penser, encore plus de l’écrire mais j’ai réellement l’impression que durant ce laps de temps, Omaha est à moi et rien qu’à moi. Pourtant, lorsque je me présente face à ces imposantes statues, dont l’œuvre générale est baptisée « Les Braves » par son sculpteur Anilore Banon, je suis dans l’obligation immédiate de reprendre mes esprits. Non, Omaha ne m’appartient pas. En réalité je pense même qu’elle n’appartient à personne sinon aux 3000 morts et disparus qui s’en sont emparés au matin du 6 juin 1944. Oui, je pense que c’est à eux qu’appartient cette si belle Omaha Beach, pourtant si cruelle, atroce et laide lorsqu’ils y ont posé le pied, il y a maintenant plus de 75 ans.

La culpabilité s’empare alors immédiatement de moi lorsque je décide de photographier cet ensemble. Est-ce réellement une manière de se recueillir ? Est-ce réellement un comportement à tenir là où tant de vies ont été sacrifiées ? Que penseraient-ils ceux-là, s’ils me voyaient en ce moment même ? Moi, du haut de mes 28 années d’existence, né en France, libre et en paix. Moi qui n’ai jamais tenu une seule arme de toute ma vie et qui n’ai même pas goûté au service militaire. Moi, qui m’octrois le droit de me promener librement avec ma voiture et ma paire baskets à travers le pays pour photographier des lieux et les raconter. Finalement, c’est peut-être aussi pour cela qu’ils sont morts. La liberté. Du moins j’essaye de m’en convaincre, dans l’objectif sans doute de poursuivre mes photographies. Ne sont-ils pas morts pour que nous soyons libres ? Je pense que si et c’est ma manière à moi de leur dire merci.

Le prix de la liberté

Bien que l’été et ses douces journées ensoleillées n’ont jamais été aussi proches, ce matin le temps est terriblement capricieux. Le vent se déchaîne, la mer l’est tout autant. Il ne fait pas un temps à débuter la plus grande mission aéronavale jamais tentée de l’Histoire. Et pourtant… A l’aube, quelques barges s’approchent des côtes. Elles sont composées de la très expérimentée « Big Red One » (la 1ère Division Américaine) et de la 29ème, qui elle en revanche, n’a jamais combattu. Le bombardement des défenses ennemies survenu un peu plus tôt est un échec cuisant du fait de la très mauvaise visibilité des pilotes. Les casemates Allemandes sont quasiment toutes intactes. Les sauveurs sont désormais sous le feu des canons et mitrailleuses, complètement à découvert. L’heure choisie correspond exactement à H-3 avant la marée haute. Cette fourchette horaire est définie car à ce moment, les milliers de pièges présents sur la plage sont hors de l’eau. Ainsi, ce délai de trois heures est prévu pour que les équipes du génie procèdent au démontage des obstacles. Ils sont composés d’éléments Cointet (hautes barrières métalliques récupérées de la ligne de défense Belge de 1940), de Hemmbalken (troncs d’arbre recouverts de lames d’acier, parfois minés), de pieux surmontés de mines, et de hérissons Tchèques (poutres métalliques croisées et ancrées dans le béton). Enfin, plus haut sur la plage, de nouvelles mines, des fossés, des murs antichar et des kilomètres de barbelés annoncent la fin du parcours du combattant.

De cette première vague, seulement un homme sur dix en ressort indemne. Les autres sont soit blessés, soit morts. C’est un véritable bain de sang, sans jeu de mots. Stratégiques, les Allemands ne dévoilent pas leurs positions de tirs avant que les barges ne s’ouvrent. C’est justement à ce moment précis qu’ils déchaînent leur puissance de feu. Certains n’auront même pas le temps de poser le pied en France. D’autres, auront le droit à quelques secondes sur le vieux continent avant de se noyer sous le poids de leurs équipements ou de se faire abattre.

Déroutés par le vent et les forts courants, des barges et donc une partie des Alliés sont contraints de débarquer à des endroits non prévus de l’opération Neptune. C’est une véritable catastrophe. Les chars amphibies, censés arriver en soutient à l’infanterie, coulent les uns après les autres. La deuxième vague, tout comme la première, est clouée au sol. Les défenses Allemandes sont intactes et continuent inlassablement de vider leurs chargeurs de munitions. C’est la désorganisation la plus totale. Au point que les équipes du génie arrivent avant l’infanterie. Peu d’obstacles sont démontés mais suffisamment pour permettre tout de même à 15 000 soldats de débarquer dans une eau devenue rouge. La progression est quasi nulle. Les communications sont mortes, 80% du matériel radio est détruit. Les hommes sont bloqués entre la marée qui monte plus rapidement que prévue, par cause du mauvais temps et les obus et MG42 ennemis. Au bout du compte et à ce moment précis, le commandement envisage l’abandon de la mission malgré les milliers d’hommes déjà débarqués. Le Général Bradley en décide autrement. Il faut maintenir le cap et prendre Omaha Beach sous peine d’affaiblir considérablement la tête de pont des Alliés.

Longue d’environ 8km, les Américains doivent avancer sur plus de 300 mètres, totalement à découvert et lourdement chargés sur la plage d’Omaha Beach.

Voilà maintenant plusieurs minutes que je parcours de long en large cette sublime carte postale. A plusieurs reprises, je me demande ce qu’ils pensent en arrivant sur cette plage. Que ressentent-ils ? En réalité, je suis incapable de l’imaginer. D’ailleurs imaginer, c’est tout ce que je peux essayer de faire aujourd’hui. Mais comment fait-on pour imaginer ce nauséabond mélange d’odeurs de pétrole, de poudre, de brûlé, de sang, de pisse, de gerbe et de merde alors qu’ils n’ont même pas encore quitté la barge ? Comment fait-on pour imaginer ce vacarme de tirs, de cris voir de hurlements, d’obus qui éclatent à quelques mètres ? Comment fait-on pour s’imaginer débarquer sur une telle plage avec le pire mal de mer du monde tout en étant tétanisé par la peur ? 

Les petites victoires dessinent la grande

Finalement et à force d’acharnement, les Américains parviennent à réaliser quelques pénétrations dans les lignes de l’occupant. Un peu plus tard, un bataillon de Rangers est détourné de son objectif initial : la Pointe du Hoc. Arrivé en renfort sur Omaha Beach, ils réussissent la première et véritable percée et s’emparent du bunker du Ruquet. Précédemment touché par le tir d’un navire Allié, le blockaus sert rapidement de PC. Dans la foulée, les hommes du génie aménagent une route pour décharger le matériel. Plus tard, sera aménagé un port artificiel et sur le plateau, un aérodrome. Il s’agit de la première route ouverte depuis cette sanglante plage. 

Le bunker du Ruquet

Le Bunker du Ruquet

Le 6 juin vers 10 heures, des centaines d’hommes étaient bloqués sur la plage, parmi des péniches détruites. Devant eux, le vallon du Ruquet, protégé par deux points fortifiés. Aujourd’hui, seul est encore visible un canon dans son blockhaus. Touché par le tir d’un navire qui s’approcha à 1 km, il a été définitivement détruit par un « halftrack ».

Sur les hauteurs d'Omaha Beach

Perchés de 30 à 50 mètres de haut, les Allemands sont difficilement délogeables et occasionnent de lourds dégâts aux Alliés. Ils sont environ 2000 à défendre la plage d’Omaha. Il n’y a pas de grosses casemates d’artilleries lourdes, sinon celle de Longues-sur-Mer, située à 6 kilomètres de là. Non, les occupants qui appartiennent à la 716ème et 352ème Division de la Werhmacht occupent les nombreuses tranchées de 15 fortifications appelées Widerstandnest. Ces dernières sont numérotées ainsi ; du WN 60 au WN 74. Certains sont alors encore en construction. Ainsi et en réalité, les effectifs Allemands sont très insuffisants pour défendre les nombreuses positions qui ne sont même pas reliées entre elles. Des espaces pouvant aller de plusieurs centaines de mètres, jusqu’à un kilomètre, ne sont pas fortifiés. Pour tenter de faire face à ce problème, toutes les constructions civiles sont rasées afin de permettre les tirs latéraux en provenance des points fortifiés.

La 352ème division est de bonne qualité. Elle est mobile et composée de vétérans expérimentés du front Russe. La 716ème en revanche, est totalement statique et principalement composée de non-Allemands, c’est à dire des Volksdeutsh. Il s’agit d’hommes provenant des territoires annexés comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie. Ils ne sont pas de très bons combattants, le moral n’est pas très élevé et il arrive parfois même qu’ils se rendent plus ou moins facilement une fois au contact des Américains.

Ces WN (fortifications) sont équipées de pièces d’artillerie très diverses et variées. On retrouve donc au total deux canons antichars de 88mm, deux de 75mm et une dizaine de 50mm. Egalement, quelques tourelles de chars et canons de récupération Français ou Tchèques et des centaines de mortiers allants du 50mm jusqu’au 81mm. Dans les profondeurs de Saint Laurent Sur Mer viennent d’être installés quarante lance-fusées Nebelwerfer. Ces derniers peuvent tirer quatre fusées de 320mm directement sur la plage. Aussi, quelques champs de mines, très incomplets, sont toujours en cours d’installation. Ces zones sont parfois même délimitées par des pancartes avec les inscriptions « Achtung Minen ! » (Attention aux mines !). En réalité et faisant suite à la venue du Maréchal Rommel, le 29 janvier 1944, l’ensemble de ses positions devait encore être renforcé dans un avenir très proche. Mais les Alliés n’ont pas laissé le temps nécessaire à la réalisation et à l’armement de nouveaux ouvrages.

Le WN 60, plusieurs tranchées et abris sont encore en état.

Depuis plusieurs minutes maintenant et je dois bien l’avouer, pour la première fois de ma vie, j’ai du Michel Sardou en tête. « Si les Ricains n’étaient pas là  » ?

Mais ce n’est pas la seule question que je me pose : comment se fait-il qu’une armée mal équipée et en sous effectif soit parvenue à faire autant de morts et de dégâts aux Alliés ? Bien sûr, j’ai ma petite idée. Comme tous le monde en fait ! Mais j’ai besoin de m’en rendre compte par mes propres yeux. Je décide donc de monter sur les hauteurs d’Omaha Beach et cette fois-ci, de me mettre dans la même position que sont les Allemands en 1944. 

Sur les différents points fortifiés encore existants où je suis, partout, la vue est absolument magnifique. Elle est surtout terriblement stratégique. Pas besoin d’être un militaire de carrière pour comprendre la facilité avec laquelle les hommes de la Wehrmacht abattent les soldats libérateurs. Pas un seul point de la plage n’est masqué. C’est très simple, les soldats Allemands sont retranchés, plus ou moins protégés et n’on qu’à viser des Américains souvent hagards et sans moyen de protection. Terrible. 

« Un gars venu de Géorgie, qui se foutait pas mal de toi, est venu mourir en Normandie, un matin où tu n’y étais pas… »

La lourde victoire d'Omahala la sanglante

Des troupes Américaines prennent finalement le plateau côtier de Saint Laurent sur Mer et de Colleville et attaquent les défenses Allemandes à revers. C’est le cas de la fortification WN 60.

Une quarantaine de soldats de la Wehrmacht se trouvent, le 6 juin 1944, dans cet imposant point d’appui. Il s’agit de l’un des meilleurs points de vue de l’ensemble d’Omaha Beach. Deux compagnies du 16ème Régiment de la 1ère Division d’Infanterie, débarqués à 7h00 à l’abri de la falaise verticale, donne l’assaut vers 8h00 en profitant d’un sentier contournant le WN 60 et en l’attaquant par derrière. La bataille est brève mais meurtrière, avec échanges de coups de feux, de grenades, des charges explosives débusquant les Allemands terrés dans leurs bunkers et abris. A 9h00, les derniers soldats se rendent. Ainsi, le premier gros point d’appui de la plage est capturé avec 31 prisonniers. Ce succès, permet plus tard dans l’après-midi, l’ouverture d’une nouvelle route.

Plusieurs positions sont ainsi prises de la sorte et en milieu d’après-midi, le dernier bunker est capturé. 

En fin de journée, aucune contre attaque d’envergure n’est possible pour les Allemands. En revanche, la jonction prévue avec la Pointe du Hoc n’est pas réalisée. Environ 34 000 hommes et 2800 véhicules ont débarqués mais seulement 100 tonnes de fret contre un objectif de 2400. Omaha Beach représente 30% des pertes totales du D-Day. Environ 3000 soldats sont tués ou portés disparus, environ un quart par noyade selon les estimations. Quelques 2000 sont blessés. Ce bilan est quinze fois supérieur à celui d’Utah Beach. De la première vague de soldats débarqués, 90% sont mots ou blessés.

L’historien Américain, Joseph Balkoski, estime que les chiffres sont bien en dessous de la réalité. Selon lui, les pertes s’élèvent à 4700 hommes sur 35000 débarqués (soit 13%), dont 2000 sont morts ou disparus.

Depuis, les Américains surnomment cette plage « Bloody Omaha », « Omaha la sanglante ».

Le WN 60

Il comportait un canon de campagne de 75mm, 4 mortiers, une tourelle de char, plusieurs positions de mitrailleuses et de nombreux abris.
Un bunker pour le canon de 75cmm était en construction.
Il y avait de plus un poste d’observation de l’artillerie, en liaison téléphonique avec une des batteries de l’artillerie divisionnaire, située en arrière de la côte.

Le WN 62

Il était l’un des quinze points d’appui d’Omaha Beach. C’était semble-t-il le plus important de tous, par sa puissance de feu en artillerie, mortiers et mitrailleuses. Il était occupé en permanence par 25 soldats. Les casemates béton et les abris de cantonnement n’ont été construits par l’organisation Todt qu’au printemps 1944 après l’inspection de Rommel.

Je quitte Omaha avec une certaine tristesse. J’ai l’impression de ne pas y être resté assez longtemps. Mais le soleil se couche, il est l’heure de rentrer. Sur le route qui me mène à mon hôtel de Courseulles-sur-Mer, je ne fais que de penser à cette demi-journée. Je repense à ce moment où j’ai trébuché pour entrer dans un abris. J’en rigole tout seul dans ma voiture en me disant que j’ai osé me plaindre d’une petite douleur au coude. Stupide !

Le soir, j’ai beaucoup de mal à trouver le sommeil, je suis encore très excité par cette journée. Je repense aux murs des WN que j’ai touché. Je sais qu’ils sont les témoins de ce que je ne peux voir. Témoins bruts et froids d’ondes tellement négatives et cruelles. J’ai marché là où des milliers d’hommes sont morts hier pour une cause totalitaire et d’autres pour notre liberté. 

Je n’ai pas honte d’avouer avoir ressenti une certaine angoisse au moment de pénétrer dans ces abris plongés dans une obscurité quasi totale. Comme si j’allais me retrouver face au corps d’un soldat. Stupide, là encore.

Il ne reste finalement plus grand chose de ce qu’était Omaha le 6 juin 1944, je me demande d’ailleurs si même les principaux concernés arriveraient à la reconnaître. Elle est devenue belle, douce et paisible. Je ne suis pourtant pas croyant mais du plus profond de mon coeur, j’espère que ces « Braves » en profitent encore chaque jour qui passe comme j’ai eu la chance d’en profiter aujourd’hui.

Matthieu

Fortitude WWII

Les photos de la plage d'Omaha Beach

Si vous souhaitez poursuivre l’aventure, vous pouvez également découvrir nos photos de cette magnifique plage !

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