Le massacre de Dun-les-Places

Le massacre de Dun-les-Places est le résultat d’une opération de terreur organisée par l’occupant allemand contre la population du petit village morvandiau, dans l’objectif de déstabiliser les nombreux maquis de la région. Au soir du 26 juin 1944, 27 hommes sont tués et massacrés dans le bourg et ses hameaux.

Massacre de Dun-les-Places

Photographie de l’église de Dun-les-Places (58) – Affiche du documentaire Dun-les-Places : Histoire d’un massacre – © Fortitude – Matthieu Mugneret –

Le massacre du 26 juin 1944

A Dun-les-Places, l’inquiétude de la population est grandissante depuis le début de ce mois de juin 1944. Récemment, elle a appris le massacre d’Oradour-sur-Glane et le 25 de ce même mois, elle prend connaissance des faits de Planchez et de Mautsauche : deux villages situés à une dizaine de kilomètres de là, incendiés par l’occupant allemand.

Le 26 juin, aux alentours de 14h00, deux résistants du maquis « Bernard » font irruption dans le village de Dun-les-Places et préviennent le directeur de l’école des garçons de l’arrivée imminente des soldats allemands. Inévitablement, la nouvelle se repend rapidement dans le village ; pour autant, elle n’est pas une surprise mais bien sûr l’angoisse gagne les têtes des dunoises et des dunois. A la hâte, on cache les objets de valeur pendant que les hommes disparaissent dans les forêts environnantes.

A 14h30, l’information se confirme. Un grand nombre d’autocars et de camions chargés de nombreux soldats, accompagnés de quelques voitures, investissent les rues du village morvandiau. Commandée par la capitaine Hauptmann et venue de Chalon-sur-Saône, la troupe estimée à 400 soldats est hétéroclite. Si les Allemands sont incontestablement présents, de même que des miliciens français, ce sont pour l’heure des « Russes » ; reconnaissables à leurs toques noires à fond rouge, qui se font remarquer. Bien qu’ils annoncent être à la recherche des « terroristes », ces hommes ne se font pas prier pour se rendre coupable des premiers faits de pillage. Le comportement grossier et primitif de ces Ukrainiens choque immédiatement les habitants ; ils boivent et se servent dans les caves. Cependant, les fouilles ne donnent rien, de même que les interpellations de certains hommes, rapidement relâchés.

N’ayant rien découvert, les soldats de cette première vague, désormais sous l’emprise forte de l’alcool pour certains, quittent Dun-les-Places en prenant la direction du hameau de Vermot. Sur la route, le convoi est soudainement stoppé par des tirs de mitrailleuses. Face à eux, les résistants du maquis « Camille ». Ainsi débute la bataille de Vermot et pendant ce temps à Dun-les-Places, croyant l’affaire terminée, certains hommes regagnent leur foyer.

 

Arrestations et tuerie

« Les Allemands sont venus chercher mon père. Il a dit : moi ? « Oui, vous. Vous venez avec nous ». Alors ils l’ont emmené. Et puis un moment après, mon frère est redescendu par le champ. Puis il est arrivé. Alors ma mère lui a dit : « Mais pourquoi que t’es revenu ? Je vais te donner du pain et puis des œufs. Faut que tu te sauves. Il est parti. Et puis tout d’un coup y’a ma mère qu’a fait : Ben ils l’ont pris. Et il revenait… »

Camille Bachelin – Extrait du documentaire Dun-les-Places : Histoire d’un massacre

La bataille de Vermot est sanglante. En tout début de soirée, entre 80 et 90 soldats « Germano-Russes » sont hors d’état de combattre et rapidement, c’est la population du hameau qui en fait les frais. Au même moment, dans le bourg de Dun-les-Places, où certains retournent se faire soigner, une nouvelle colonne allemande entre dans le village.

L’impression dégagée par ce nouveau convoi est bien différente du premier, bien qu’il reste angoissant. En tête de ce dernier, les officiers de cette expédition venue de Dijon et de Chalon-sur-Saône. A bord de l’une des voitures luxueuses qui pénètrent le village : le lieutenant Hans Krüger, chef du Service de Sécurité allemand de Chalon-sur-Saône, surnommé le « tueur de Pologne« , responsable de l’assassinat de Juifs polonais. Il est accompagné de troupes de la Wehrmacht de la caserne Junot de Dijon, de feldgendarmes, et à nouveau de miliciens en uniforme allemand.

Immédiatement, les soldats arrêtent les hommes dans leur maison, prétextant un contrôle d’identité, pendant que les rues se remplissent de camions réquisitionnés. Enfin à 20h00, et alors que femmes et enfants reçoivent l’interdiction de sortir des maisons, c’est une troisième vague, une troisième colonne plus importante encore qui, à son tour, envahie Dun-les-Places, portant alors le nombre de soldats ennemis présents à environ 3 000.

De 20h00 à 22h00, les prisonniers sont brutalement interrogés à l’hôtel Véronnet. Les Allemands cherchent à obtenir des informations sur les nombreux maquis proches du village. Mais personne ne parle. Pourtant, tous les hommes arrêtés sont rassemblés sous le porche de l’église et aux alentours de 22h30, Krüger donne l’ordre ultime.

A la mitrailleuse, la vie de 18 hommes est fauchée, achevée à la grenade. Les corps, déchiquetés, ne bougeront pas avant le départ des Allemands. Depuis les maisons, on entend la tuerie. Certaines femmes s’interrogent, d’autres comprennent rapidement. Un peu plus tard dans la soirée, ces dernières sont contraintes de loger ces soldats. Pour protéger leurs enfants, ces mêmes mères de famille servent à manger et à boire aux soldats et officiers présents, avant de passer la nuit pour la plupart, dans les caves avec interdiction d’en sortir.

 

Cimetière de Dun-les-Places - Massacre du 26 juin 1944

Photographie des tombes des massacrés de Dun-les-Places -© Fortitude – Matthieu Mugneret –

Terreur et pillage les 27 et 28 juin

Au lendemain du massacre de Dun-les-Places, l’interdiction de sortir est maintenue et les Allemands restent très menaçants à l’égard des femmes. Lorsque certaines, malgré le risque encouru, tentent d’approcher l’église, les soldats tirent en l’air pour les repousser.

Néanmoins certaines aperçoivent les corps et l’affreuse nouvelle commence à se propager malgré tout. Tout au long de cette journée du 27 juin, un pillage systématique est organisé. Les maisons sont retournées, vidées de leurs linges, de leurs épiceries, d’objets en tout genre et même de meubles, remplissant inlassablement les camions stationnés dans les rues, s’ajoutant aux voitures des locaux, bientôt volées elles aussi. Dans ce même temps, les occupants s’en prennent également au bétail ; les moutons, les porcs, les bovins et les volailles sont égorgés.

Les scènes qui se déroulent dans le bourg sont quasiment les mêmes à Vermot. Plusieurs habitants sont faits prisonniers. Interrogés ; certains sont relâchés, six autres sont torturés puis exécutés avant que plusieurs maisons ne soient incendiées.

 

Le bilan de l’attaque de Dun-les-Places

Le 28 juin, les Allemands quittent Dun-les-Places aux alentours de 12h30 en faisant sonner le clocher, en chantant et en jouant de l’accordéon, après avoir de nouveau incendié plusieurs maisons, principalement celles présentes autour de l’église. 

Lorsque les familles sortent des habitations, c’est avec effroi qu’elles découvrent l’horreur dans lequel leur village a été plongé. Inévitablement, de nombreuses scènes déchirantes éclatent.

Cette attaque allemande contre le village de Dun-les-Places a coûté la vie à 27 hommes : 18 ont été fusillés sous le porche et devant l’entrée de l’église, achevés à la grenade, six autres ont été fusillés à Vermot, deux corps sont retrouvés inertes dans la rue, ainsi qu’un autre dans un pré.

Après leur passage, les Allemands font 29 orphelins et 14 veuves. Entre Vermot et le bourg, une vingtaine de bâtiments et de logements ont été brûlés ; 140 personnes se retrouvent de fait sans abri.

Après la guerre, plusieurs procès s’ouvrent en février 1947 au Tribunal de Dijon. Certains militaires allemands arrêtés, sont confrontés aux témoins et aux victimes. Au total, seulement 24 hommes sont accusés du massacre de Dun-les-Places, cependant la plupart sont en fuite. Le verdict tombe le 7 février ; sont condamnés à mort 18 contumaces et certains autres à plusieurs années de travail forcés. La colère ou la déception s’empare des victimes qui le comprennent déjà – les assassins ne paieront pas à la hauteur de leurs faits.

 

« Et à ce moment là, maman s’est retournée et elle s’est mise à courir vers nous. […]

J’ai cru, j’ai dit : Non c’est pas vrai. Il est pas mort… C’est pas vrai. Elle s’est effondrée sur le talus. On a couru vers elle. Elle a dit : C’est fini. Ils l’ont tué. Ils l’ont tué. […]

On est monté sur cette place. Papa était à droite de l’église. Tout seul au pied de l’escalier. Il était là… »

Simone Balloux – Extrait du documentaire Dun-les-Places : Histoire d’un massacre

Massacre Dun-les-Places

Dun-les-places en ruine après le passage des troupes allemandes du 26 au 28 juin 1944.

Sources : Mémorial de Dun-les-Places et Musée de la Résistance en Morvan – Aurore Callewaert – La mémoire de Dun-les-Places 1944-1989 livre de Marcel Vigreux – Documentaire Dun-les-Places, mémoire d’un village blessé d’Eric Potte et de Stéphane Jeanbaptiste.

 

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