La défense passive

Définition de la Défense Passive

La Défense Passive (DP), est une organisation mise en place par le Gouvernement à partir de 1936. Cette dernière a pour objectif de protéger les populations civiles contre les attaques aériennes sur l’ensemble du territoire français. Pour parvenir à cela et bien que le risque zéro ne peut exister, de nombreuses mesures préventives et de nombreux protocoles à adopter en cas d’alerte voient le jour. Additionné les deux et le citoyen français acquière de nouveaux droits mais aussi de nouveaux devoirs qu’il se doit de respecter pour lui-même mais aussi pour l’ensemble de la société.

Sommaire

  • La Défense Passive, prévenir la guerre
  • Loi du 8 avril 1935
  • La guerre est déclarée
  • Le rôle de la Défense Passive
  • En cas d’alerte
  • Se souvenir de la Défense Passive
  • Sources

La Défense Passive, prévenir la guerre

Avant même que ne débute la Seconde Guerre mondiale et parce que les relations internationales deviennent rapidement et fortement dangereuses, le Gouvernement français fait voter, dès le 8 avril 1935, une nouvelle loi permettant la protection des population civiles contre les attaques aériennes ; la Défense Passive (DP). Si cette organisation ne vous dit peut-être rien, c’est parce qu’elle est souvent mise de côté et pourrait ne présenter que peu d’intérêt aux yeux de l’Histoire. Il est vrai aussi que les graves événements qui s’en suivirent, dès 1940, peuvent expliquer cette occultation de la Défense Passive. Pourtant, elle est aussi synonyme des premiers et profonds bouleversements du quotidien des Français causés par la guerre. Entre obligations, devoirs et conseils maintes fois répétés, les citoyens doivent se plier à de nouvelles mesures qui n’annoncent très franchement rien de bon.

Les menaces aériennes sur la France - La petite illustration - la défense passive

Carte de la France montrant les menaces aériennes sur le territoire – Capture issue de La petite illustration – La Défense Passive

La France entière menacée par les bombardements

L’un des nombreux enseignements retenus de la Première Guerre mondiale est que les attaques aériennes sont devenues performantes, plus dévastatrices et plus dangereuses que jamais.

Au cours de ce premiers conflit, on a constaté que lors des bombardements, c’est bien la curiosité qui mène à la mort. On rapporte que 8 victimes sur 10 sont frappées lorsqu’ils sont situés dans les étages des immeubles ou bien dans la rue.

Près de 20 ans après le traité de Versailles, il n’y a pas que les blindés qui connaissent une véritable révolution. Les avions et leurs bombes se sont terriblement perfectionnés. Désormais, seul le champ de bataille n’est plus menacé par le survol d’aéronefs ennemis, c’est tout le pays entier et toute sa population civile qui se trouve au sol.

Alors même que les relations internationales se tendent, en partie avec l’arrivée menaçante d’Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 mais aussi avec la guerre civile en Espagne qui divise, la France doit préparer sa population aux pires épreuves de la guerre moderne.

Loi du 8 avril 1935

Adoptée par le Sénat et par la Chambre des députés le 8 avril 1935, cette loi permet l’organisation de la Défense Passive à travers tout le pays contre les attaques aériennes. Son application est obligatoire sur l’ensemble du territoire mais son organisation varie en fonction des localités. Elle n’est évidemment pas la même entre un petit village de campagne et une ville de plusieurs milliers ou millions d’habitants.

En somme, le ministre de l’Intérieur est chargé de coordonner tout un ensemble de mesures qui sont directement imposées aux communes, aux administrations et services publics, aux établissements et organismes privés dont l’objectif est de réduire la vulnérabilité des édifices et des installations tout en protégeant la population des attaques aériennes ennemies.

Le personnel de la Défense Passive est aussi riche que varié. Il est composé d’agents et ouvriers des services publics non soumis aux obligations militaires. De volontaires civils (homme ou femme) qui s’engagent pour toute la durée de la guerre, de requis civils en fonction de leurs compétences (comme par exemple des ingénieurs), des réservistes militaires et bien entendu des services de secours : les pompiers, la police, la croix rouge… Aussi, les mineurs (à cette époque âgés de moins de 21 ans), peuvent prendre part à l’organisation s’ils présentent l’accord de leurs parents.

Concrètement, les différents moyens mis en place ont pour but d’alerter, de protéger, de transporter et éventuellement de déblayer. A quelques détails près, les mêmes organisations voient également le jour en Grande-Bretagne ou encore en Allemagne et dans bien d’autres pays d’Europe.

Très ambitieux mais en retard par rapport à ses voisins, le Gouvernement se donne le droit d’organiser des exercices applicables à toute la population afin de mesurer l’efficacité des consignes définies mais aussi de prendre les habitudes qui peut-être, sauveront des vies. Quiconque refuse d’y prendre part risque une amende de 16 à 200 francs et jusqu’à un mois de prison en cas de récidive.

Livre la petite illustration - la défense passive

Magazine publié le 15 juillet 1939, La petite illustration la défense passive est un véritable guide de survie contre les attaques aériennes. La plupart des illustrations présentes dans cet article en sont tirées.

La guerre est déclarée

La Défense Passive existe officiellement dès 1936. Pourtant, elle ne reste qu’au stade primaire de son développement et de sa mise en place. Les longueurs administratives sont un fait, les budgets doivent être votés, adoptés mais surtout, elle n’est pas réellement prise au sérieux par les Français qui réticents,  ne comprennent pas l’intérêt de toute cette organisation en temps de paix. D’autant plus que d’un point de vue politique, le gouvernement français prône encore une politique de paix envers l’Allemagne et paraît, pour l’heure, écarter toute menace d’une nouvelle guerre.

Mais les choses se dégradent à nouveau rapidement et le 13 juillet 1938, de nouvelles dispositions sont prises pour perfectionner la DP. Au cours de l’été 1939, la tension est à son comble. La guerre peut éclater d’un moment à l’autre, d’un jour à l’autre. Les nouvelles qui parviennent dans la presse sont tantôt rassurantes, tantôt inquiétantes. Une bonne nouvelle peut être contredite le lendemain même. Pour les Français, c’est une situation invivable, très angoissante et on réalise soudainement que la France peut replonger dans un nouveau conflit, lorsqu’on apprend l’existence d’un accord entre l’URSS et l’Allemagne.

Le 3 septembre 1939, la France, juste après le Royaume-Uni, déclare la guerre à l’Allemagne. Déclaration faite à la suite de l’invasion de la Pologne par les troupes d’Adolf Hitler. La mobilisation générale est décrétée depuis la veille, 2 septembre.

Le pays est en alerte maximale et la Défense Passive est, dans son ensemble, appliquée beaucoup plus sérieusement et on regrette par moment de ne pas lui avoir prêter meilleure attention plus tôt.

Afin d’accompagner la population dans ces mesures de protection, les préfectures, départements et communes éditent et impriment de nombreux petits livrets. Distribués aux citoyens, ils ont pour objectif de les guider dans ces nombreuses mesures aussi variées que contraignantes. 

Livret de la Défense Passive

Livrets de la Défense Passive à destination de la population

Consignes de la Défense Passive - bombardements

Ce que doit faire la population en cas d’alerte aux bombardements

Fin d'alerte défense passive

Ce que doit faire la population à la fin de l’alerte aux bombardements

En cas de blessure - livret de la défense passive

Ce que doivent faire les personnes blessées par les bombardements

Livret défense passive - département rhône

Consignes similaires dans le livret distribué par le département du Rhône

Le rôle de la Défense Passive

Le chef d’ilot

Comme expliqué ci-dessus, le but de la Défense Passive est de prévenir les attaques aériennes ennemies et de protéger la population. Sans entrer trop profondément dans les détails de son organisation, le Chef d’ilot est le personnel de la DP au plus proche de la population. Il est aussi le plus bas dans sa hiérarchie.

Principalement reconnaissable avec son brassard mentionnant les initiales de la Défense Passive porté au bras gauche, de son casque Adrian, au son de son sifflet et de sa combinaison kaki, il a pour mission de veiller sur un emplacement bien définit : un ilot. L’ilot est un secteur plus ou moins vaste qui regroupe un ensemble d’immeubles ou d’habitations dans lequel il est possible de faire le tour complet par les rues ou les avenues. C’est en quelque sorte un quartier dans le quartier.

Avec l’aide des chefs d’abris, il est le garant, dans son ilot, du respect total des mesures de la Défense Passive, qui est aussi son lieu d’habitation et dans l’idéal, son secteur d’activité professionnel. Désigné par le maire de la ville en temps de paix, il doit avoir une certaine aptitude naturelle de leader. Aussi, il ne doit pas être concerné par les appelés sous le drapeau puisqu’il s’engage ainsi pour la durée totale de la guerre.

 

Matériel de la Défense Passive, casque Adrian modèle 1926 de la DP, masque à gaz

Quelques équipements du Chef d’ilot et de la Défense Passive : à gauche, un casque Adrian modèle 1926 sur lequel figuere les initiales « DP ». A droite, un masque à gaz distribué à la population en 1940 avec sa boite cylindrique en fond.

Maintenir une forte discrétion de nuit

lumière pendant alerte défense passive

Les mesures à appliquer à propos de l’éclairage et des lumières (La petite illustration – La Défense Passive)

Si les bombardements peuvent avoir lieu à tout moment de la journée, ils sont pour une raison évidente de discrétion, souvent réalisés de nuit. Ainsi la population, suivant les directives de la DP, doit changer bien des choses dans ses habitudes de vie.

La première étant d’apprendre à vivre dans le noir. Ou plutôt d’apprendre à laisser passer le moins de lumière possible surtout en périodes d’alertes. Evidemment, une ville est beaucoup plus facilement repérable vue du ciel avec les lumières des rues, des habitations ou encore des enseignes.

Désormais, l’éclairage public y est fortement diminué. A titre d’exemple certaines villes repeignent les éclairages des rues en bleu afin de diminuer la luminosité, d’autres n’allument plus qu’un lampadaire sur deux quand certaines font le choix de ne plus rien allumer du tout !

Bien sûr, cela ne suffit pas. Les commerçants, les industries et les habitants sont invités à ne plus laisser passer de lumière vers l’extérieur. Les vitres et vitrines sont recouvertes de papier, de rideaux épais ou elles aussi, sont peintes en bleu. Concrètement, il s’agit de ne garder que les sources de lumière entièrement indispensables.

L’expérience est encore poussée plus loin, les Français, pour se promener la nuit, doivent s’équiper d’une lampe de poche électrique, elle aussi peinte en bleu. Même les feux des véhicules sont désormais aux couleurs de la nuit et croyez-le ou non, pour un citadin, se déplacer dans un noir quasi complet n’a rien d’évident, comme en témoigne Maurice Garçon dans son journal le 2 octobre 1939 :

Les rues de Paris sont sinistres lorsque la nuit est tombée. Des hommes qui se jugent importants et qui portent sur le bras un bandeau orné de DP (défense passive) surveillent les fenêtres. S’il passe un rai de lumière, ils sifflent, et il paraît qu’ils ont le pouvoir de dresser des procès-verbaux qui entrainent de fortes amendes. Naturellement, ils abusent. Dès qu’un Français dispose d’une parcelle d’autorité, il en profite pour molester le voisinage. On n’ose pas allumer sa lampe. Dehors, les rues sont bleutées, on se casse le nez en butant dans les poubelles, les autos ne ralentissent pas et ignorent les obstacles.

J’ai acheté une petite lampe électrique de poche. Je m’éclaire comme je peux. Un passant à la même, mais il a peint la lentille en bleu. Il est en règle, moi pas. Il en a profité pour marcher derrière moi et suivre mon sillage à peine lumineux.

Le sentiment principal qui se dégage de Paris, la nuit, est l’ennui. Un ennui mortel, accablant. Tout est silencieux et sombre. On n’a pas envie de rire et l’on a pas encore l’occasion de pleurer.

Maurice Garçon

Extrait de Journal 1939 - 1945

Repérer, signaler et organiser les abris

Bien entendu et comme le risque zéro n’existe pas, le meilleur moyen de se protéger d’un bombardement est de se mettre à l’abris ! La Défense Passive a donc aussi pour rôle, avec l’ensemble des municipalités, de construire ou d’aménager et d’indiquer à l’aide de nombreux panneaux, les abris-refuges disponibles dans chaque rue ou quartier. Pour une ville comme Paris qui est équipée du métro, les caches sont déjà toutes trouvées. En revanche pour les autres il faut improviser ou plutôt s’organiser.

Dans les immeubles disposant d’une cave et à condition que cette dernière soit surplombée d’au moins quatre étages, locataires et propriétaires doivent se mettre d’accord pour l’aménager en abris. Parmi eux, un sera désigné « chef d’abri ». A lui de s’assurer que l’ensemble des objets inutiles ont été évacués, que les entrées sont masquées par d’épaisses couvertures et que du matériel pour boucher les soupiraux et les outils comme des pelles et des pioches sont à disposition tout comme une pharmacie d’urgence.

Au-delà des matériels nécessaires, il faut envisager la possibilité d’y être enfermé de longues heures, voire plusieurs journées. Des vivres doivent donc être en permanence à disposition. Ces derniers seront renouvelés tous les deux à sept jours.

Enfin, pour ceux qui ne disposent pas de cave mais qui ont la chance de profiter d’un jardin, ils sont priés de creuser une tranchée étroite à proximité du logement, tout en étant assez éloignée en cas d’effondrement. Espérons que cela suffise !

A ce propos, certaines villes ont eu ce recours à proximité des lieux qui accueillent un public dense comme à proximité des cinémas, théâtres… Construite en béton et recouverte d’herbe pour un meilleur camouflage, il n’était donc pas rare de trouver une tranchée au milieu d’un jardin public.

Panneau de signalisation d'abri

Exception faite aux mesures d’éclairage, ces panneaux qui indiquaient l’emplacement des abris ou des tranchées étaient éclairés la nuit de façon à ce qu’ils restent visibles. Les emplacements de ces abris n’étaient jamais divulgués dans le presse. Chaque citoyen devait s’informer de l’emplacement des abris-refuges à la mairie. 

Protéger des attaques potentiellement variées

Plusieurs types de bombardement sont possibles. Le premier étant celui de la bombe explosive, le second celui de la bombe incendiaire et enfin, celui qui inquiète le plus, le bombardement au gaz. Ce dernier inquiète beaucoup car, expérimenté par les Allemands au cours de la première guerre, on connait les ravages du gaz moutarde et on sait également qu’il est très compliqué d’en échapper, d’où les couvertures imposées pour protéger l’entrée des abris.

Lutter contre les attaques au gaz

Masque à gaz de la défense passive distribué en 1940

Masque à gaz de la Défense Passive. Celui-ci, comme d’autres exemplaires du même type, ont été distribués à la population pour se protéger des attaques au gaz. Il était également possible d’en acheter dans les commerces, mais dans un premier temps, une forte pénurie se faire ressentir.

Application du masque à gaz

En plus des entrainements au port du masque organisés par les municipalités, La petite illustration dévoile également un « mode d’emploi » à ses lecteurs.

Le masque à gaz

L’une des mesures phare de la Défense Passive est la distribution de masques en gaz. Ils ont été distribués par milliers aux personnels des services publics, des personnels travaillant en lien direct avec la défense nationale, évidemment les personnels de la DP et tous les citoyens dont la présence est indispensable à la vie des personnels cité juste avant.

Cependant, ces masques ne sont pas distribués aux citoyens habitant une commune qui est soumise aux mesures d’éloignement (évacuation des villes). Il reste néanmoins une possibilité de s’en procurer un ; l’acheter en commerce. Malheureusement et comme la demande est dans un premier temps bien plus forte que les capacités de production, les ruptures sont nombreuses. On parle alors de pénurie des masques à gaz, le gouvernement est accusé de ne pas avoir anticipé leur production. Il est alors conseillé à ceux qui ne peuvent s’en procurer d’utiliser des lunettes d’automobiliste mais ces dernières ne protègeront que les yeux.

masque à gaz à l'école

Est écrit à l’entrée de l’école :  » Tout enfant non porteur de son masque à gaz ne sera pas reçu. En cas d’alerte, l’école est responsable des élèves et ne les rendra aux familles qu’une fois le risque passé ». Photographie issue de l’article du Figaro 1939, l’autre affaire des masques.

Dès sa distribution, les Français ne lâchent plus cette boite cylindrique qui contient le fameux masque. Ils vivent littéralement avec ! Au marché, au travail, dans les transports et même à l’école où les enfants peuvent êtres renvoyés chez eux s’ils l’ont oublié !

De nombreuses démonstrations sont organisées soit au moment de la distribution, soit plus tardivement, par les forces de l’ordre et les services de secours. Bien entendu, avoir un masque c’est bien, savoir l’utiliser, c’est vital !

Et puis la « drôle de guerre » s’installe et emporte avec elle peu à peu la crainte des bombardements. Le port du masque à gaz devient progressivement  secondaire et prend chaque jour un peu plus la poussière au fond des armoires. Certains écoliers vont même jusqu’à remplacer l’élément de protection par le goûter de l’après-midi. 

Je trouvais que le masque me serrait trop et l’odeur vaguement caoutchouteuse dont il était imprégné me soulevait le cœur. […] La vision des groins gigantesques dont tout le monde se trouvait subitement affublé aurait pu porter à rire, si l’exercice n’avait pas eu un caractère à la fois inquiétant et déplaisant.

Danièle Gervaix-Marx

Extrait de du livre Nous les enfants de la Seconde Guerre

Les alertes coupaient joyeusement nos activités de collégiens au grand dam des professeurs qui ne pouvaient plus organiser les classiques compositions ou les interrogations écrites redoutées. Les solutions s’échangeaient pendant l’alerte, dans les caves que nous rejoignions en pouffant de rire.

Pierre (11 ans)

Extrait de du livre Nous les enfants de la Seconde Guerre

Les abris étanches

Pour lutter contre les attaques au gaz, les abris-refuges doivent être particulièrement soignés afin de devenir le plus étanche possible avec l’extérieur. A ce propos, il est important de noter qu’ainsi, un abri de 30 m² n’est bon que pour quatre personnes pendant un temps maximum de cinq heures.

Comme évoqué plus haut, les couvertures doivent parfaitement recouvrir les entrées. Si elles peuvent empêcher une partie des projectiles de passer, elles ont aussi le pouvoir de stopper pendant un certain temps le gaz. Dans l’idéal, elles sont disposées par deux et humidifiées. Le même procédé est à réaliser pour boucher les soupiraux ou toutes autres sources de ventilation.

Lutter contre les bombes incendiaires

Pour se protéger et prévenir les incendies, les Français ont ordre de vider des combles de leurs logements, tous les objets contenant des matières inflammables.

Systématiquement, les greniers sont équipés d’un extincteur, d’une réserve d’eau et une certaine quantité de sable doit être étalées sur le plancher afin de limiter ou retarder la potentielle propagation du feu. Une autre réserve doit également rester à disposition des pompiers.

Pour aller plus loin, des travaux peuvent être réalisés sur les poutres apparentes de la charpente. On les recouvre ainsi de plâtre ou tout au moins, elles sont ignifugées autant que possible.

Lutter contre les bombes incendiaires

Dans La petite illustration la Défense Passive, les consignes pour lutter contre les bombes incendiaires.

Lutter contre les bombes explosives

Evidemment, face à ces bombes qui sont les plus dévastatrices sur le plan matériel, il n’y a pas de mesure plus concrète que de trouver refuge dans un abris sous-terrain. A la différence que pour celui-ci, c’est davantage sa résistance qui en sera privilégiée, bien que sur le moment, il n’est certainement pas possible de « choisir » son refuge.

Il est donc conseillé dans ce cas et dans la mesure du possible d’étayer les plafonds, de placer plusieurs couches de sacs de sable sur le plancher situé juste au-dessus et d’obturer les issues ou les ouvertures donnant sur la voie publique ou sur d’éventuelles cours intérieures.

En cas d’alerte

Pour mieux appréhender les devoirs de la Défense Passive au cours des années 1939-1945, glissons-nous dans la peau d’un français de cette même époque.

Les sirènes de la ville retentissent durant vingt secondes puis se taisent durant dix avant de recommencer de plus belle. C’est une certitude, un danger approche, la ville est en état d’alerte. De jour comme de nuit, il vous faut agir rapidement sans céder à la panique car à partir de ce moment, vous avez environ 10 minutes pour prendre toutes les dispositions nécessaires.

 

Vous êtes à votre domicile

Si dès le premier signal de l’alerte vous avez l’idée de dévaler les escaliers pour rejoindre votre cave ou l’abri le plus proche, sachez que vous avez tout faux ! Pour votre bien mais aussi pour le bien collectif, il vous faut prendre plusieurs initiatives potentiellement capitales.

Avant de partir, vous devez emporter avec vous votre masque à gaz mais pas seulement. En effet, vous ne savez pas combien de temps l’alerte va durer et vous ne savez donc pas combien de temps vous aller devoir rester dans votre abri-refuge. Il vous faut donc également prendre avec vous des vivres, une couverture et plusieurs vêtements de protection.

Avant de verrouiller la porte de votre logement, pensez aussi à éteindre toutes les lumières et à fermer les compteurs de gaz et d’électricité. Afin de prévenir un possible incendie, fermez volets et fenêtres. Ainsi, en cas de départ de feu, l’oxygène entrera en quantité plus limitée, et le feu se propagera moins vite.

C’est donc à partir de ce moment seulement que vous pouvez rejoindre la cave-arbi ou la tranchée la plus proche.

 

Vous êtes loin de votre domicile

Bien entendu, avant de partir de chez vous, vous avez pensé à prendre votre masque à gaz. Vous ne devez le quitter en aucun cas et rejoindre l’abri le plus proche.

Ces derniers sont signalés par des panneaux visibles de jour comme de nuit. Dans le cas où vous n’auriez pas eu le temps d’en trouver un rapidement, trouvez un fossé ou abritez-vous dans un coin entre deux murs épais.

 

Une fois dans l’abri-refuge

Vous devez absolument rester calme et dans la mesure du possible, ne pas paniquer. Respectez à la lettre les ordres donnés par le chef d’abris. Evitez de vous placer à proximité des entrées, dans les couloirs ou à proximité des soupiraux ou des escaliers.

N’allumez pas de lumière à flamme car elle consomme l’oxygène présent dans l’abri. Sauf justement, dans le cas où vous voulez contrôler le taux d’oxygène présent. Utilisez une allumette, si elle ne s’allume pas ou alors très difficilement, vous êtes en danger. Reportez-vous alors aux consignes du chef d’abri.

Dans tous les cas, il est strictement interdit de fumer, n’enlevez votre masque à gaz que sur ordre du chef d’abri.

 

L’alerte est terminée

Une nouvelle fois, les sirènes de la ville se font entendre. Cette fois-ci, le son est continu pendant trois minutes. C’est le signal qui informe la fin de l’alerte.

Même si l’alerte est terminée et qu’à priori vous ne risquez plus rien, il vous faut impérativement attendre l’autorisation du chef d’abri pour sortir. Avant de partir, assurez-vous que votre masque à gaz est correctement ajusté car vous ne savez pas ce que vous allez découvrir à l’extérieur.

Se souvenir de la Défense Passive

Minuit. Je viens de rentrer du théâtre. Les rues sont devenues impossibles à parcourir après le soleil couché. Les Allemands ont définitivement éteint la cité. On ne voit plus à deux mètres devant soi. Même, j’ai dû barbouiller d’encre bleu ma lampe électrique de poche. Il parait que si la lumière restait blanche, on me saisirait ma lampe. Quel dégoût que cette police servile qui fait du zèle aux dépens des concitoyens et qui ne songe qu’à flatter celui qui la met aux fers. Il n’y a pas plus féroce que ces chefs d’ilots désignés pour tenir la main au respect de la réglementation de l’ennemi. Braves boutiquiers pendant le jour, ils deviennent si imbus de leurs fonctions qu’ils molestent leurs voisins et tous ceux qui passent dans le quartier. Ils montrent une fiévreuse activité, dressent des contraventions et semblent éprouver une jouissance à faire acte de persécuteurs. Dès qu’on accorde aux hommes un semblant d’autorité, ils en profitent pour abuser et se conduisent en tyrans.

Maurice Garçon

Extrait de Journal 1939 - 1945

Dans cette seconde note de Maurice Garçon en date du 4 décembre 1940, on comprend rapidement ce que ce dernier pense des personnels de la Défense Passive. Il n’est pas un cas isolé. Car même après la débâcle de mai-juin 1940 et même sous l’occupation ou sous le Régime de Vichy, la DP a continué d’exister.

Les chefs d’ilots et bien d’autres membres de la DP ne sont guère appréciés de la population, souvent parce qu’ils sont en possession de droits que bon nombre de citoyens n’ont plus, notamment une plus grande liberté de circulation. Ils sont accusés de collaboration par l’opinion général. C’est parfois vrai. Mais ce que ne sait pas Maurice Garçon à ce moment là, c’est que certains membres de la Défense Passive jouent ou joueront de véritables rôles dans la résistance. 

D’une certaine manière proches de la population et proches de l’ennemi, ils sont de véritables espions la nuit tombée. Ils tissent des liens avec les mouvements de Résistances ou deviennent même des agents de renseignement à part entière. Par ces agissements, c’est bien la peine de mort qu’ils risquent. Et si certains n’ont rien fait de cela, d’autres veulent simplement protéger du mieux possible leurs semblables au risque de leur propre vie.

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux agents de la Défense Passive sont morts sous les bombardements Allemands ou Alliés. Ils sont morts alors que leur rôle était simplement de protéger des civils non armés, qu’eux-mêmes ne l’étaient pas et qu’ils n’étaient finalement eux aussi, que de simples citoyens à qui l’on avait simplement confié une mission plus qu’honorable.

Il nous appartient désormais de se souvenir d’eux aussi. 

 

Sources

La Défense Passive Rouen et son agglomération – Daniel Noreux – Wooz Editions

La petite illustration du 15 juillet 1939

Défense Passive – Livret distribué par le Département du Rhône

Ce qu’il faut faire pour vous protéger en cas d’attaque aérienne – Livret distribué par la Préfecture de police

Journal 1939 – 1945 – Maurice Garçon – Fayard

Nous les enfants de la guerre 1939 – 1945 – Tallandier

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