Qu’est-ce que la rafle du billet vert ?

14 mai 1941

La rafle du billet vert est la première arrestation massive de Juifs en France, pendant la Seconde Guerre mondiale. Survenue le 14 mai 1941, près de 3 700 des quelques 6 700 Juifs étrangers convoqués par un papier vert – reçu la veille – sont arrêtés puis internés par la police française.

Rafle du billet vert

Enregistrement des victimes de la rafle du billet vert par la gendarmerie française à leur arrivée au camp de Pithiviers – Bundesarchiv, Bild 183-S69238 / CC-BY-SA 3.0

Le billet vert

Ce mercredi 14 mai 1941, à 7h00 du matin, environ 3 700 hommes Juifs étrangers de Paris – et de sa proche banlieue – répondent à l’appel. La veille, 6 694 d’entre eux, âgés de 18 à 60 ans, ont reçu un papier de couleur verte, signé du commissaire de police, les invitant à se rendre dans l’un des points de rassemblement et munis de leurs papiers d’identité, accompagnés d’un proche, afin de procéder à un « examen de situation ».

Dans les camps du Loiret

A Paris, six adresses de convocation sont établies, dont le gymnase Japy ou encore les casernes Minimes et Napoléon. En banlieue en revanche, où les hommes convoqués sont moins nombreux, ils sont directement invités à se rendre dans les commissariats de police.

Sous l’œil avisé de Theodor Dannecker, le représentant d’Adolf Eichmann et chef du service des affaires juives de la Gestapo de Paris, les policiers français procèdent au contrôle des identités des individus. L’encadrement est assuré par des gardiens de la paix. Et puis l’angoisse et le sentiment d’incompréhension se font rapidement sentir, des scènes déchirantes éclatent soudainement aux yeux. Le piège se referme, tous sont arrêtés sans aucune explication. A midi, les hommes sont conduits en gare d’Austerlitz où ils prennent directement la direction des camps du Loiret. Près de 1 700 d’entre eux sont envoyés au camp de Pithiviers et environ 2 000 autres à Beaune-la-Rolande.

Une rafle française

La rafle du billet vert, qui est en réalité plus une souricière qu’une rafle au propre sens du mot, a été organisée par la police française, grâce au recensement des Juifs établi en septembre 1940 par les autorités françaises, sous ordre allemand.

Survivre en France avant la déportation

Aux yeux de Vichy et de sa presse collaborative, ces hommes sont présentés aux Français comme des étrangers vivant au crochet de la société. En réalité, beaucoup travaillent pour survenir aux besoins de leurs familles. Bon nombre d’entre eux, Polonais, Tchèques ou apatrides, sont présents en France depuis plusieurs années, jusqu’à plus de 20 ans pour certains. D’autres ont même été des engagés volontaires dans l’armée française lorsque les combats entre la France et l’Allemagne éclatèrent au printemps 1940. C’est en partie pour cela qu’ils se sont rendus à l’appel du billet vert. Ils avaient confiance en la patrie, ce n’était pour eux qu’une simple formalité administrative.

Lorsqu’ils arrivent à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande, tous sont individuellement enregistrés. La surveillance des camps est assurée par des gendarmes et des gardiens auxiliaires français. Les conditions de vie sont déplorables ; les baraquements dans lesquels ils vivent sont faits de bois et de tôle. L’été est irrespirable, l’hiver glacial. A l’intérieur, on y marche à même la terre, les hommes dorment sur de la paille, elle-même très peu changée et inévitablement, l’insalubrité gagne rapidement du terrain. La nourriture est de très mauvaise qualité et elle est surtout présente en quantité très restreinte. Les installations sanitaires sont quant à elle quasiment inexistantes ; il n’y a pas de douche, uniquement des lavabos en extérieurs.

Direction Auschwitz

Après le loi du 3 octobre 1940 portant sur le « statut des Juifs », l’exclusion raciale est belle et bien enclenchée en France. Durant un an, ces hommes resteront ainsi dans ces mêmes conditions avant la mise en œuvre de la « Solution finale » par l’Allemagne nazie.

Au cours de cette année et parce que les internés ont le droit de travailler dans les fermes ou usines environnantes, près de 700 d’entre eux parviennent à s’échapper de leur propre initiative, ou parfois avec l’aide de certains habitants locaux. Néanmoins, beaucoup se feront reprendre.

Pour les autres, encore présents dans les camps, tous seront déportés pour Auschwitz en trois convois différents au cours de l’été 1942, année à partir de laquelle les déportations des Juifs de France ne feront que tristement s’accélérer.

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Sources et références

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