La conférence de Wannsee

Vers la Solution finale

La montée en puissance de l’antisémitisme 

Ian Kershaw écrit dans la biographie qu’il consacre au dictateur allemand, qu’avec ou sans Hitler, les Juifs auraient très probablement été persécutés d’une manière ou d’une autre. Il est vrai que depuis le 19ème siècle, l’antisémitisme est déjà très rependu à travers toute l’Europe. Néanmoins, il est vrai aussi que Hitler aura sérieusement contribué à sa funeste montée en puissance, au-delà même de l’imaginable, sans commune mesure, en organisant un génocide tel qui sans lui, n’aurait probablement jamais existé.

Pourtant, avant même son arrivée au pouvoir, Adolf Hitler n’a jamais caché sa haine des Juifs. Selon lui, pour le bien économique et politique du pays, l’Allemagne doit nécessairement se débarrasser d’eux. De tous les projets, de toutes les ambitions qui l’animent, la « question juive » est sa priorité absolue. Rapidement après sa prise du pouvoir, le 30 janvier 1933, les première persécutions émergent dans toute l’Allemagne. Dans un même temps, les premiers camps d’internement sortent de terre. Le premier, Dachau, est construit dès cette même année auquel on peut aussi ajouter celui de Buchenwald en 1937, ou encore celui de Ravensbrück en 1938 pour ne citer qu’eux.

Cependant, les premiers internements dit « de masse », ne commencent qu’à partir de 1938 après la « nuit de cristal ». Cette année-là, dans la nuit du 9 au 10 novembre, Hitler fait déclencher une succession de pogroms antisémites afin d’intimider et de pousser la population juive à l’émigration. Pour des raisons bien diverses et comme le souligne également Ian Kershaw, la majorité du peuple allemand rejette ses violences. Mais la machine est désormais en route et ceux qui tiennent le pouvoir ne feront que l’alimenter davantage.

Dans la foulée de ces événements, près de 80 000 Juifs fuient l’Allemagne alors que 30 000 autres sont arrêtés et déportés dans les trois principaux camps allemands ; Buchenwald, Dachau et Sachsenhausen. Après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne en 1939, des ghettos sont créés l’année suivante dans le pays désormais occupé. La population juive y est massivement regroupée puis enfermée sans nourriture et toujours dans la terreur de violents pogroms. Rien que dans le ghetto de Varsovie, environ 200 000 personnes sont mortes de faim ou de maladies.

En juin 1941, lorsque l’Allemagne attaque l’URSS, l’extermination des Juifs se poursuit au fur et à mesure de l’avancée des troupes. Himmler fait rassembler une force d’environ 11 000 hommes pour poursuivre un programme qui confirme le désire d’anéantissement. A peine six mois plus tard, déjà près d’un million de Juifs sont assassinés par balle ou dans les camions à gaz.

Au cours de cette même année, les Juifs ont désormais interdiction d’émigrer des territoires occupés par le Reich. Les déportations deviennent de plus en plus importantes et le régime nazi commence à signer ses premiers accords avec les industriels afin de fournir de la main d’œuvre et participer ainsi, majoritairement, à l’effort de guerre. Parallèlement et au cours de l’automne, Himmler ordonne au général SS Odilo Globocnik de procéder systématiquement à l’extermination des Juifs présents en Pologne. Ainsi, les trois premiers camps de la mort sont créés dans l’objectif de procéder à des meurtres de masse ; Sobibor, Belzec et Treblinka.

La conférence de Wannsee

A l’Ouest de l’Europe, les objectifs nazis sont malheureusement bien les mêmes. Néanmoins, ils ne peuvent être réalisés de la même façon qu’à l’Est. Une certaine nécessité de discrétion s’impose et de plus, les dirigeants nazis souhaitent en accélérer le processus, jusqu’à l’industrialiser.

Au cours du mois de juillet 1941, Hermann Göring donne la permission au général SS Reinhard Heydrich d’entamer les préparatifs nécessaires pour répondre aux deux précédentes problématiques, tout en préparant la mise en place d’une « solution complète à la question juive ». Quelques mois plus tard soit le 20 janvier 1942 très exactement, dans le quartier berlinois de Wannsee, le général SS y préside une réunion cruciale dans laquelle il doit y exposer ses réflexions. A l’heure du déjeuner, il rassemble tout un groupe de cadres supérieurs du Parti et de l’Etat afin de coordonner la Solution finale.

Au terme de cette conférence, et même si de nombreux aspects de sont pas encore définis ni abordés, il en ressort néanmoins un point très clair : les Juifs d’Europe seront concentrés dans les territoires occupés à l’Est dans le but d’y être assassinés. Soit directement à leur arrivée, soit par le travail forcé et ce, jusqu’à ce que mort s’en suive. A ce propos, les mots de Heydrich sont les suivants : « Sans aucun doute un nombre important d’entre eux tomberont par perte naturelle ».

A la fin de cette journée, il est tout aussi clair que les KL (camps de concentration) ne font pas parti des plans génocidaires. Leur rôle et aspect ne sont pas abordés à Wannsee et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun représentant ou responsable de ces camps n’avaient été conviés à cette réunion.

C’est finalement dans la semaine qui suit que les dirigeants SS changent leurs plans. A l’origine même de la guerre, les nazis comptaient sur les prisonniers de guerre soviétiques pour construire les grandes colonies de repeuplement, désirées par Hitler, à l’Est. De fait, trop peu de ces prisonniers arrivent, pour la simple et tragique raison que la grande majorité d’entre eux sont tués. Dans l’immédiat, le programme de repeuplement est un échec.

A peine six jours après la conférence de Wannsee, Himmler change donc les plans de la Solution finale. Il le confirme par un message qu’il envoie à Glüks, l’inspecteur des camps SS : « Prenez les dispositions nécessaires pour loger 100 000 Juifs de sexe masculin et jusqu’à 50 000 juives dans les KL au cours des quatre prochaines semaines ».

Himmler, comme souvent, en annonçant l’arrivée de 150 000 prisonniers, a des ambitions bien plus élevées que les capacités d’application de la SS elle-même. Glüks et ses hommes sont pris au dépourvus et il faut finalement un temps de près de deux mois pour réorganiser les camps de concentration et de mettre en place les premiers transports de masse.

Durant ses deux mois, deux décisions majeures sont prises. La première concerne Himmler lui-même qui dans un premier temps, visait les juifs allemands pour déportation immédiate. Finalement, son choix se porte sur les Juifs jugés aptes au travail, venant de Slovaquie et de France. La seconde est plutôt d’un point de vue organisationnelle ; les camps de Majdanek et d’Auschwitz, à l’origine construits pour accueillir un grand nombre de prisonniers soviétiques, seront les principales destinations des déportations massives.

Néanmoins et parce qu’il possède de meilleures infrastructures et un meilleur réseau de communication, Auschwitz en devient la première destination des Juifs d’Europe occidentale et centrale. Dans ce camp, deux initiatives sont prises à la hâte ; la construction d’un grand crématoire capable d’incinérer 800 corps en 24 heures, à Birkenau, et la préparation d’un complexe pour femmes afin de les séparer des hommes.

La solution finale

Les opérations d’assassinat de masse sont désormais coordonnées, et elles ne feront que monter en puissance au cours des années suivantes en prenant une tournure industrielle avec l’utilisation du gaz. A Auschwitz, les quelques survivants sont ceux qui avaient été jugés aptes au travail. Les autres, trop fragiles, souvent des femmes, des vieillards ou des enfants, sont assassinés dès leur arrivée au camp. Près d’un million de Juifs seront assassinés rien que dans ce camp de Pologne.

En France, le premier convoi part le 27 mars 1942 et à la fin de cette même année, 2 600 000 personnes ont déjà été assassinées. En 1945, à la fin de la guerre, ils seront six millions, soit les deux tiers des Juifs vivant en Europe avant 1939.

A lire aussi → le convoi numéro 1

Sources : La Shoah au cœur de l’anéantissement aux Editions Tallantier – KL Une histoire des camps de concentration nazis aux Editions Gallimard.

 

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