Le centre de commandement des batteries de Crisbecq

Le centre de commandement des batteries de Saint-Marcouf, aussi appelé poste ou centre de commandement des batteries de Crisbecq ou plus communément Crisbecq 44, est une fortification allemande située face à la célèbre plage d’Utah Beach, dans le petit village de Saint-Marcouf à quelques minutes de Sainte-Mère-Église. Si en Normandie, des dizaines de sites liés à la Seconde Guerre mondiale valent le détour, celui-ci mérite votre attention la plus totale. Vous ne vivrez probablement pas pareille expérience deux fois dans votre vie. Au petit matin du 6 juin 1944, c’est ici que tout a commencé…

Poste de commandement des batteries de Crisbecq

St-Marcouf

Une visite hors (norme) du temps

Ici, le temps s’est arrêté en 1944

Situé de l’autre côté de la route de Crisbecq, face à la batterie qui en porte le même nom, vous ferez une formidable erreur de ne pas prêter attention à cet abris de béton qui, avouons-le d’extérieur, paraît bien quelconque. Un simple écriteau de bois, surplombé d’un drapeau américain, indique l’emplacement de ce musée.

A ce propos, je ne suis pas vraiment d’accord avec cette appellation de musée. Car c’est bien plus que cela. En réalité et tout d’abord, c’est un lieu unique par son architecture. Aucun autre blockhaus allemand ne lui ressemble, ses plans ne répondent à aucun plan type. C’est un lieu qui transpire d’une histoire incomparablement riche. Non, ce n’est pas un musée, c’est une faille spatio-temporelle qui, une fois passé les imposantes portes blindées d’époque, vous transporte dans un autre temps, dans les heures les plus sombres de notre Nation et de l’Europe entière. Bienvenue en 1944.

A l’intérieur, point de vitrine ! Tout est à portée de main, ou disons plutôt à portée d’œil. Ainsi, c’est pour cette raison évidente que la découverte du centre de commandement ne se fait que par visite guidée… et c’est tant mieux. Vient donc ce moment où vous faites la connaissance de Cédric, votre guide d’un jour, dont la gentillesse et les connaissances ne peuvent laisser indifférent.

Par un volontaire mais volontiers manque de lucidité, on en viendrait presque à se convaincre que Cédric habite les murs de cet abris depuis sa construction, datée de 1943. Ce lieu n’a presque plus de secret pour lui, tel le Lucky Luke des anecdotes, il en sort une plus vite que son ombre avant de finalement en replacer une nouvelle ! D’ailleurs, on repère assez facilement sa favorite : « Ce Sonderkonstruktion fait plus de 10 000 tonnes ! C’est plus que la Tour Eiffel dont l’armature pèse 7 300 tonnes. » Construit par les allemands, récupéré par les américains, il est depuis resté à l’abandon durant plus de 70 ans, jusqu’à ce que Cédric en devienne le nouvel occupant.

Musée du poste de commandement de la batterie de Crisbecq

Au sommet d’Utah Beach

La visite commence ainsi : votre guide vous invite à monter les quelques marches pour finalement arriver au dessus de cet imposant blockhaus dont les murs mesurent deux mètres d’épaisseur. La vue est stratégiquement impressionnante (et probablement belle si vous avez plus de chance que moi avec la météo normande). L’emplacement de ce poste de commandement prend tout son sens. Pas besoin d’être un haut gradé pour le comprendre. Face à vous, toute la plage d’Utah Beach vous regarde. A l’époque, il était même possible d’y observer la Pointe du Hoc. Depuis, la nature a repris ses droits et des arbres se dressent maintenant devant nous.

Vue extérieure du centre de commandement de tir de Crisbecq

Vue extérieure du poste d’obervation.

Vue sur Utah Beach depuis le haut du centre de commandement de tir de Crisbecq

La vue sur Utah Beach est entièrement dégagée.

Poussez les portes du temps

Vient enfin ce moment où vous pénétrez l’intérieur des murs. Poussez les portes blindés, au passage rendez-vous compte de leur poids, et entrez dans un autre temps. A partir de ce moment, vous plongez en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale.

La première impression est tout simplement incroyable, saisissante. A peine le temps de faire quelques pas que déjà vos yeux ne savent plus où se poser. Ici et là, des objets par centaines, tous d’époque, disposés comme s’ils avaient toujours été là. On entre dans un lieu habité qui n’a jamais bougé et finalement, on ne serait pas plus étonné que ça de voir apparaître un sous-officier allemand monter les marches du niveau inférieur. Tout, absolument tout dans le moindre détail surprend. Surtout, ayez la curiosité de tout regarder et de poser des questions… Car c’est comme ça que je me suis retrouvé avec un M1 Garand entre les mains (et qu’est-ce que c’est lourd) !

Les luminaires et leurs interrupteurs ? Ils sont d’époque ! La carrelage au sol ? Egalement d’époque. Le système de ventilation l’est tout autant et mieux encore, il fonctionne ! Cédric aime le rappeler, c’est un blockhaus de luxe. Comme évoqué ci-dessus, la pièce principale ainsi que la chambre des sous-officiers sont carrelées. Ce qui pour l’époque, est extrêmement rare. Il est aussi équipé de 5 poêles à bois qui en hiver, permettent de faire monter la température à 24°C (testé par le maître des lieux). Plus important encore, il est entièrement autonome en électricité et il est téléphoniquement relié par un câble blindé jusqu’à Cherbourg. D’ailleurs, ce câble est encore visible à l’extérieur dans les décombres.

 

A l'intérieur, un incroyable univers reconstitué

Vous entrez dans un univers entièrement reconstitué. Ici, le temps s’est arrêté.

Je ne vais pas vous lister l’ensemble des bibelots, des armes et leurs munitions, des documents, des uniformes, des casques que vous allez y découvrir. Le mieux, très sincèrement, c’est d’aller voir par vous-même ! C’est certain, la déception ne sera pas au rendez-vous. A tel point qu’après cette visite, il est probable que vous trouviez certains autres musées bien ternes…

De toutes ces centaines d’objets, certains sont d’une valeur inestimable, d’une rareté exceptionnelle, vous ne les verrez probablement qu’ici et cela paraît complètement fou de pouvoir les contempler sans être derrière une vitre.

 

De superbes objets d'époque par centaine

Vous circulez au milieu de centaines d’objets d’époque. Ici, rien n’est laissé au hasard !

La riche histoire du centre de commandement de Crisbecq

Le 6 juin 1944, c’est ici que tout a commencé

Ce qui rend cette découverte des lieux encore plus prenante, c’est bien d’en connaître son histoire. Là encore, Cédric saura vous captiver par d’impressionnants récits. Le 6 juin 2021, à 5h20, il était là, présent dans le poste d’observation en train d’observer Utah Beach au travers des optiques d’époque. Tout un symbole pour lui, il a photographié ce moment.

Le 6 juin 1944, c’est ici que tout a commencé, me raconte-il.

Le jour J, le D-Day, c’est de ce poste que le premier navire du débarquement est observé par les allemands. C’est de ce poste que l’alerte est donnée à l’état major. Sur la droite de cette petite pièce d’observation, un téléphone y est fixé au mur. Je n’ai probablement pas besoin de vous en dire plus, déjà vous comprenez l’histoire de cet appareil, resté là depuis. Car oui, malgré les nombreux bombardements alliés, la ligne téléphonique, enterrée sous 5 mètres de profondeur et sur une distance de 35 kilomètres jusqu’à Cherbourg, n’a jamais été coupée.

 

Le téléphone utilisé pour donner la première alerte le 6 juin 1944

C’est de ce téléphone, que l’alerte du Débarquement Allié a été donnée.

Les faits historiques, les références et les personnages qui ont fait l’histoire de ce poste de commandement de Crisbecq, se comptent par dizaines. Parmi les plus importants, on peut parler des visites du maréchal Rommel, le 10 mai 1944 et le 30 janvier 1944 où il sera accompagné de l’amiral Hennecke et du commandant de la batterie, Walter Ohmsen.

Aussi, son histoire inspire deux grands films que vous connaissez forcément… au moins de nom : Il faut sauver le soldat Ryan et Le jour le plus long. Vous pouvez d’ailleurs, dans ce dernier, facilement reconnaître les lieux.

Inévitablement, après le Débarquement, le blockhaus passe aux mains américaines. Dès lors, il subit de nombreuses explosions afin de détruire les nombreux équipements internes et les ferrailleurs passent aussi par là. Après la guerre, il est récupéré par l’Etat et les lieux, inondés par les intempéries et forcément dangereux, sont condamnés. 

 

Le musée du poste de commandement des batteries de Crisbecq

La restauration du poste

L’entrée du musée (puisqu’il faut bien l’appeler ainsi), revoit ses premiers rayons de soleil au cours de l’année 2016. Pour en dégager l’accès, plus de 13 tonnes de gravats, causées par les destructions alliées, sont retirées à la main. Ces premiers travaux nécessitent la venue de démineurs puisqu’à l’intérieur, un nombre important d’obus non explosés y est retrouvé. Les derniers aménagements ne se terminent qu’en 2019 et aujourd’hui encore, Cédric y réalise de nombreux travaux d’entretien et de restauration. Cet endroit n’est pas figé, il est amené à évoluer dans le temps, tout en restant dans une reconstitution d’époque.

Intérieur du poste de commandement de Crisbecq

Visiter le poste de commandement de Crisbecq

Le Musée du poste de commandement des batteries de Crisbecq est un lieu privé, géré par une association loi 1901 que Cédric à lui-même créé. Son objectif est de conserver le patrimoine culturel et historique de ce site tout en le faisant découvrir au public dans une atmosphère probablement unique.

Côté pratique, prévoyez votre paiement en espèce. Ne faites pas comme moi, le premier distributeur se trouve à 20 minutes de route ! Aussi, vous pouvez facilement joindre Cédric par téléphone afin d’organiser votre visite. A ce propos, les horaires du musée sont très larges. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à vous rendre sur le site internet du poste de commandement des batteries de Crisbecq.

Voilà, vous connaissez tout de ce superbe endroit. En fait non, vous ne connaissez encore rien du tout ! En revanche, vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire. Allez à la rencontre de Cédric, non seulement vous ferez une belle rencontre mais vous allez aussi voyager dans un temps et dans un univers passionnant ! Personnellement, je ne m’interdit pas d’y retourner un jour.

 

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