Les martyrs du Lycée Buffon

élèves et Résistants

Martyrs du Lycée Buffon

Rapidement après le début de l’Occupation, des mouvements de résistance se développent dans les établissements scolaires parisiens et d’ailleurs. Ils sont créés à l’initiative de professeurs et d’autres fois, à l’initiative des élèves eux-mêmes.

A Paris, Pierre Benoît, Jacques Braudy, Pierre Grelot, Lucien Legros et Jean Arthus, élèves au Lycée Buffon, sont avec un professeur, à l’origine de l’un de ces mouvements. Au début, leurs premières armes ne sont que paroles. Leur objectif n’est autre que convaincre le plus de personnes possibles que la guerre n’est pas terminée et qu’il est nécessaire de lutter contre l’oppression allemande. Plus tard, et dans l’illégalité la plus totale, ils passent à la vitesse supérieure en imprimant et en distribuant des tracts appelant à résister.

A partir de 1941 en zone occupée, la Résistance se fait de plus en plus remarquer et la répression s’intensifie inévitablement. Pour autant, cela ne fait en rien reculer les cinq jeunes étudiants. Déterminés, et après s’être procuré leurs premières armes, ils s’engagent avec les Francs-tireurs et Partisans (FTP).

Raymond Burgard, l’un de leurs professeurs et aussi le fondateur de mouvement de Résistance Valmy, est arrêté au cours du mois d’avril 1942 pendant les vacances scolaires. Dès la rentrée, une manifestation rassemblant une centaine d’étudiants est organisée par les jeunes Résistants. Les protestations se passent au mieux mais lorsque ces dernières se terminent et que les étudiants se dispersent, les portes du Lycée sont soudainement refermées par un employé de l’établissement, ayant au préalable prévenu la police.

Arthus, Braudy, Grelot, Legros et Benoît parviennent à s’échapper. Cependant, les deux derniers sont formellement reconnus et dénoncés. Dès lors démarre leur vie de clandestins. Mais rien ne les freine dans leur volonté de poursuivre leurs actes. Par la suite, ils participent à trois actions armées, sans grande réussite autre que de l’inquiétude causée aux Allemands.

Dénoncés, quatre d’entre eux sont arrêtés les 3 et 4 juin 1942. Seul Pierre Benoît parvient à prendre la fuite. Jugés au tribunal spécial de Paris pour avoir participé à une manifestation interdite, ils sont condamnés au travail forcé à perpétuité. Néanmoins et étants compromis dans les attentats anti-allemands, ils sont remis aux autorités militaires occupantes et entrent dans l’attente d’un nouveau procès..

Pendant ce temps, Pierre Benoît poursuit la lutte avec un autre groupe FTP, participant notamment à des sabotages de voies ferrées et à des actions armées contre des collaborateurs. Il est finalement à son tour arrêté le 28 août 1942 par la police, avant de retrouver ses quatre amis à la prison de la Santé.

Le nouveau procès s’ouvre alors pour les étudiants désormais réunis, et le tribunal Allemand les condamnent à mort. Transférés à la prison de Fresnes, ils seront fusillés le 8 février 1943 sur le champ de tir d’Issy-les-Moulineaux. Ce même jour et avant d’être exécutés, tous écrivent une lettre poignante à leurs parents :

Lettre de Pierre Benoît – tué à l’âge de 17 ans

Mes Chers Parents, Chers amis,

C’est la fin ! … On vient de nous chercher pour la fusillade. Tant pis. Mourir en pleine victoire, c’est un peu vexant, mais qu’importe !… Le rêve des hommes fait événement…Nano, souviens-toi de ton frangin. Jusqu’au bout, il a été propre et courageux, et devant la mort même, je ne tremble pas. Adieu, petite Maman chérie, pardonne-moi tous les tracas que je t’ai faits. J’ai lutté pour une vie meilleure ; peut-être un jour, tu me comprendras ! Adieu, mon vieux Papa. Je te remercie d’avoir été chic avec moi. Garde un bon souvenir de ton fils. Tototte, Toto, adieu, je vous aimais comme mes propres parents. Nano, sois un bon fils, tu es le seul fils qui leur reste, ne fais pas d’imprudence. Adieu tous ceux que j’ai aimés, tous ceux qui m’aimaient, ceux de Nantua et les autres. La vie sera belle. Nous partons en chantant. Courage. Ce n’est pas si terrible après six mois de prison. Mes derniers baisers à vous tous.

Lettre de Jacques Braudy – tué à l’âge de 21 ans

Mes Pauvres Parents chéris,

On va m’arracher cette vie que vous m’avez donnée et à laquelle je tenais tant. C’est infiniment dur pour moi et pour vous. J’ai eu la chance de savoir, avant de mourir, que vous étiez courageux. Restez-le, surtout ma petite maman que j’embrasse de tout mon pauvre cœur. Mes pauvres chéris, j’ai accepté le combat, vous le savez. Je serai courageux jusqu’au bout. La guerre sera bientôt finie. Vous serez quand même heureux dans la paix, un peu grâce à moi. Je veux retourner à Dieu à côté de pépère et mémère. J’aurais voulu vivre encore pour vous aimer beaucoup. Hélas ! Je ne peux pas, la surprise est amère J’ai eu les journaux. Nous mourons en pleine victoire. Exécution ce matin à onze heures. Je penserai à vous, à Nicole. Hélas ! mes beaux projets d’avenir ! Qu’elle ne m’oublie pas non plus, ni mes parents Mais surtout, que la vie continue pour elle, qu’elle profite de sa jeunesse.

Lettre de Pierre Grelot – Tué à l’âge de 20 ans

Maman chérie, Papa et Jacques chéris,

Tout est fini, maintenant. Je vais être fusillé ce matin à onze heures. Pauvres parents chéris, sachez que ma dernière pensée sera pour vous, je saurai mourir en Français. Pendant ces longs mois, j’ai beaucoup pensé à vous et j’aurais voulu plus tard vous donner tout le bonheur que votre affection pour moi méritait en retour. J’ai rêvé tant de choses pour vous rendre heureux après la tourmente. Mais, hélas ! mes rêves resteront ce qu’ils sont. Je vous embrasse beaucoup, beaucoup. La joie de vous revoir m’est à jamais interdite. Vous aurez de mes nouvelles plus tard. Je vous embrasse encore et toujours, mes parents chéris. Gardez toujours dans votre cœur mon souvenir…Adieu, Maman, Papa, Jacques Chéris, adieu…

Lettre de Lucien Legros – tué à l’âge de 19 ans

Mes Parents Chéris, mon Frère Chéri,

Je vais être fusillé à onze heures avec mes camarades. Nous allons mourir le sourire aux lèvres, car c’est pour le plus bel idéal. J’ai le sentiment, à cette heure, d’avoir vécu une vie complète. Vous m’avez fait une jeunesse dorée : je meurs pour la France, donc, je ne regrette rien. Je vous conjure de vivre pour les enfants de Jean. Reconstruisez une belle famille… Jeudi, j’ai reçu votre splendide colis ; j’ai mangé comme un roi. Pendant ces quatre mois, j’ai longuement médité ; mon examen de conscience est positif, je suis en tous points satisfait. Bonjour à tous les amis et à tous les parents. Je vous serre une dernière fois sur mon cœur.

Lettre de Jean Arthus – Tué à l’âge de 18 ans

Mon Grand Chéri,

Je ne sais si tu t’attendais à me revoir, je m’y attendais. On nous a appris ce matin que c’était fini, alors, adieu ! Je sais que c’est un coup très rude pour toi, mais j’espère que tu es assez fort et que tu sauras continuer à vivre en gardant confiance en l’avenir. Travaille, fais cela pour moi, continue les livres que tu voulais écrire, pense que je meurs en Français pour ma Patrie. Je t’embrasse bien. Adieu, mon grand Chéri.

Source : Les Amis de la Fondation de la Résistance

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