La massacre d’Ascq

Le massacre d’Ascq est un massacre commis par la 12ème division SS Hitlerjugend dans le petit village d’Ascq, en banlieue lilloise, contre la population civile dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, dans lequel 86 personnes furent froidement assassinées.

massacre d'Ascq

Ascq et la région lilloise

Avant que ne débute la guerre, Ascq est un petit village de la grande banlieue lilloise d’environ 3 500 habitants. Ici, fermes et petites industries se côtoient ainsi que les différentes classes sociales qui en découlent ; ouvriers, salariés et petits patrons. Grâce à la ligne de chemin de fer Lille-Bruxelles, Ascq est une petite commune au développement économique favorable, une petite commune, en somme sans histoire et dans laquelle on vit plutôt bien.

Mais très rapidement après l’offensive allemande en mai 1940, la région lilloise est l’une des premières à subir l’occupation de son territoire et la commune d’Ascq n’y échappe évidemment pas. Pourtant et très rapidement, la Résistance se met déjà en place. Dès les premiers jours, plusieurs habitants aident des prisonniers de guerre évadés, qui devaient initialement rejoindre l’Allemagne à pied, à se cacher et à se ravitailler en vivres. Plus tard encore, des tracts et des journaux clandestins sont édités puis distribués dans l’objectif de combattre la propagande ennemie. Au fur et à mesure que s’éternise l’Occupation, les réseaux s’organisent et de précieux renseignements sont fournis aux Britanniques qui par la suite, effectueront des bombardements stratégiques dans les environs du Nord de la France.

La résistance à Ascq

Même si depuis l’instauration de la ligne de démarcation, le Nord et le Pas-de-Calais sont rattachés à l’administration militaire allemande de Belgique, il reste cependant bien des forces de police françaises et un préfet dans la région.

Seulement, aux ordres de Vichy, celui-ci place ses services à disposition de l’occupant ce qui de fait, ne simplifie pas la tâche de la Résistance. Ainsi, plusieurs agents doubles parviennent à infiltrer les réseaux clandestins dans lesquels certains individus sont arrêtés, jugés expéditivement puis fusillés.

A partir de l’année 1943, les résistants forment le groupe d’Ascq, ce dernier étant sous le commandement du chef militaire Paul Delecluse. A la fin de cette même année, le mouvement d’Ascq se rapproche de celui de la Voix du Nord afin d’organiser des sabotages dans l’objectif de stopper les trains de marchandises allemands et de les immobiliser le plus longuement possible. Indirectement, il est aussi recherché à faire diminuer la nécessité des bombardements terriblement meurtriers, bien que nécessaires aux préparatifs du Débarquement de Normandie.

Choses faites, deux premiers sabotages sont déjà organisés et mis à exécution. Malheureusement les résultats sont décevants et peu efficaces. Paul Delecluse et ses compagnons cheminots décident alors de s’attaquer au poste d’aiguillage, action qui selon eux, sera forcément plus efficace et plus contraignante pour l’occupant. Au soir du 1er avril 1944 et informés du passage prochain d’un train de marchandises allemand, les hommes se décident à passer à l’action. Un peu plus tard, une charge explosive est finalement placée sur un aiguillage, situé tout près de la rue principale d’Ascq.

A 22h44 très exactement, le train arrive enfin. Alors qu’il circule à petite vitesse, la charge explose au passage de la locomotive. Les dégâts sont minimes mais néanmoins, trois wagons sortent des rails et le convoi se retrouve ainsi immobilisé. Cependant, un détail va faire chavirer cette nuit dans l’horreur. Le train de marchandises annoncé n’est s’est pas présenté. A sa place, c’est bien un convoi de SS qui vient de subir l’attaque.

Représailles et massacres à Ascq

Après l’immobilisation du convoi, les militaires présents à bord restent pourtant calmes, à l’exception d’un homme. Le lieutenant Hauck, à la tête de la 12ème division SS Hitlerjugen, ne décolère pas et le fait savoir à ses quelques 400 hommes présents.

Initialement, cette division SS avait pour mission de rejoindre la Manche pour renforcer les défenses déjà en place en Normandie. Entrainée aux combats en Belgique, elle est composée de jeunes recrues de la Jeunesse Hitlerienne, les plus jeunes ont 17 ans à peine.

Quelques minutes seulement après l’explosion, Hauck et quelques sous-officiers SS rassemblent une partie de la division et se dirigent dans les rues d’Ascq. Très rapidement, les SS rassemblent un premier groupe d’hommes et de femmes le long de la voie ferrée. Avant même qu’ils ne parviennent à comprendre ce qu’il se passe, les hommes sont fusillés à la vue des femmes présentes, qui sont ensuite renvoyées chez elle avec ordre de ne plus en sortir.

Mais les assaillants ne s’arrêtent pas là et désormais, le but est bien de semer la panique, l’horreur, et de terroriser l’ensemble du village. Dans cet optique, un autre groupe SS part à la recherche de nouveaux hommes pour déblayer les dégâts causés par l’explosion. Pour se faire, ils n’hésitent pas à enfoncer les portes des habitations et à violenter les populations dans leurs propres foyers. Un homme de 85 ans est ainsi bousculé du haut d’un escalier, des mères sont brutalisées devant leurs propres enfants et une fillette de 5 ans est même empoignée par les cheveux. Les habitations sont pillées et la panique s’empare inévitablement du village. Partout dans les rues et ruelles, les habitants sont sortis de leurs logements et frappés par des SS déchainés par la haine. Quelque uns des habitants sont lâchement abattus dans la rue même.

Malgré cette incroyable et incompréhensible confusion, les hommes encore en pyjama, pieds nus pour certains, rejoignent la zone sinistrée, la conscience tranquille, puisqu’ils sont certains de n’avoir rien à se reprocher. Pourtant, partout autour, les crimes s’enchaînent et se poursuivent inlassablement. L’Abbé Gilleron et des réfugiés sont abattus dans le presbytère, l’Abbé Cousin lui, est massacré devant chez lui pour avoir pris la défense de son voisin. Ailleurs, le chef de gare est à son tour exécuté.

Cette nuit cauchemardesque semble ne jamais se terminer lorsque les SS rassemblent un troisième groupe de civils au large de la voie ferrée. Froidement exécutés à coups de mitraillette, des sous-officiers achèvent les quelques survivants au revolver. Dans la foulée, un quatrième groupe est formé et emmené dans la même direction, l’histoire semble déjà écrite.

Bilan de l’attaque

Alors que le quatrième groupe est lui aussi sur le point d’être liquidé, la Feldgendarmerie apparait soudainement et fait cesser les combats après avoir essuyé quelques tirs SS, certains ont même sauvé des habitants. Toujours fou de rage, Hauck ordonne aux civils de regagner leurs logements.

Au cours de cette horrible nuit, 86 civils ont été froidement exécutés par les SS. Le plus âgé, Pierre Briet, avait 74 ans alors que Jean Roques, René Trackoen et Roger Vancraeynest n’avaient que 15 ans. Les SS laissent ainsi derrière eux 75 veuves, 127 orphelins et un village à jamais meurtri. Plus tard, les résistants seront finalement arrêtés et exécutés le 7 juin 1944, le lendemain du Débarquement de Normandie.

Au petit matin, Ascq est complètement bouclée par l’occupant. Pourtant, la terrible nouvelle se répand rapidement à travers toute la métropole lilloise. L’émotion est indescriptible et le 5 avril suivant, lors des funérailles des victimes, près de 20 000 personnes sont présentes pour rendre hommage et pour condamner ce massacre.

Sources → Le massacre d’Ascq – Ville de Villeneuve d’Ascq

 

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