Opération Dynamo à Dunkerque

Plus connue sous le nom de code opération Dynamo, l’évacuation de Dunkerque, ou encore le miracle de Dunkerque, est un épisode de la Seconde Guerre mondiale dont l’objectif est l’évacuation des troupes alliées vers la Grande-Bretagne, depuis le Nord de la France. Ordonnée le 26 mai 1940, l’opération Dynamo est un succès dans lequel le sacrifice des soldats français est à mettre à l’honneur.

Dunkerque

Opération Dynamo

Contexte d’une opération en pleine déroute

Le plan du général Gamelin

Depuis le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Unis sont entrés en état de guerre contre l’Allemagne nazie. Cependant, les premières batailles n’éclatent qu’à partir du 10 mai 1940, lorsque Hitler ordonne l’exécution du « plan jaune » et ainsi le lancement d’une grande offensive à l’Ouest contre la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France. C’est la fin de la « drôle de guerre ».

Afin d’organiser la défense le long de l’Escaut et de la Meuse, les troupes françaises, sous l’ordre du général Gamelin et accompagnées des britanniques qui font le choix de suivre le plan du général français, entrent en Belgique. Le corps expéditionnaire britannique (CEB), commandé par le général Gort, engage 10 divisions d’infanterie sur le front de Dyle aux côtés de la première armée française. Ces dernières sont engagées dans le secteur de Louvain, au Nord et au Sud en retrait de Bruxelles et sur l’Escaut. Malheureusement, les principales offensives allemandes ne se concentrent pas dans ces zones.

→ A lire aussi : La France déclare la guerre à l’Allemagne nazie

 

Les soldats français face aux panzers

Finalement, c’est l’armée française qui supporte l’essentiel des attaques ennemies. La 1ère division française légère mécanisée (DLM) fait face à la 9ème Panzerdivision au Sud de la Hollande. Les 2ème et 3ème DLM française s’opposent avec acharnement contre les 3ème et 4ème Panzerdivision à Hannut. Le reste, soit sept divisions de Panzers engagées sur le front de la Meuse, se battent contre de l’infanterie uniquement.

Dans la nuit du 11 au 12 mai, un avion de reconnaissance français observe des colonnes de véhicules allemands qui avancent dans les Ardennes et qui s’étirent sur plusieurs kilomètres. Pour être exact, cette avancée représente un incroyable embouteillage d’environ 250 kilomètres composé de 41 140 véhicules et blindés ennemis.  Seulement, les renseignements français refusent de croire cette information et l’Etat-major continue d’envoyer ses troupes dans le Nord et le centre de la Belgique. Sedan est alors en partie défendue par des réservistes, mal équipés ou entraînés.

Inévitablement le 13 mai, les unités allemandes parviennent à se déployer dans les Ardennes en direction du Nord de la France en traversant le Luxembourg et la Belgique. Le front français, alors composé de 7 divisions, ne peut rien faire face au 40 adverses. Cependant, le lendemain, la 18ème division d’infanterie française s’oppose brillement pendant 24 heures aux Panzers de Rommel. Cette dernière n’est pourtant équipée que de 21 canons anti-chars pour faire face aux 218 blindés.

 

Nous sommes vaincus, nous avons perdu la bataille.

Voyons, il est impossible que cela soit arrivé si vite !

Le front français enfoncé

Ce matin du 15 mai, à 7h30, le réveil de Churchill est brutal. Au téléphone, Paul Reynaud : Nous sommes vaincus, nous avons perdu la bataille. Plus tôt dans la nuit, la préfet de Charleville-Mézières avait informé le Président du Conseil que « les chars allemands sont dans les rues. Le front est enfoncé, plus rien ne s’oppose à l’avance des blindés ». Aucune contre-attaque n’est possible. Le plus gros des troupes ainsi que les unités de réserve, ont été envoyées en Belgique conformément au plan de Gamelin.

Néanmoins, certaines présentes dans les secteurs concernés, se battent héroïquement. La Horgne, petit village non loin de Sedan, est défendu par des français et des Spahis algériens, des soldats à cheval. A aucun moment ils n’acceptent les demandes de reddition et vont même jusqu’à charger les blindés. En douze heures de combats, près d’un millier de soldats allemands sont tués ou blessés. Côté français et algériens : 610. L’escadron est anéanti. Bien d’autres sacrifices de ce type ont lieu pour ralentir l’avancée ennemie.

Au bout du compte, le CEB reçoit l’ordre de se replier 90 kilomètres en arrière, dans l’objectif d’établir une nouvelle ligne de défense sur l’Escaut. La retraite est ordonnée et plusieurs régiments français et britanniques font preuve d’une résistance acharnée à Arras, Cambrai et Nieuport. Pourtant, bousculée par l’opération allemande dite « Coup de faucille », l’armée Alliée se retrouve coupée en deux à partir du 20 mai. Dix jours après le lancement de l’offensive, les Allemands ont déjà parcouru 240 kilomètres et atteignent les côtes de la Manche. Les britanniques et certaines des unités françaises les plus modernes battent en retraite tout en continuant la lutte. A Dunkerque, dernier port de la région aux main Alliées, plus de 400 000 soldats britanniques, belges, canadiens et français sont pris au piège.

 

Evacuation de Dunkerque

Ravitailler ou évacuer : l’opération Dynamo voit le jour

L’heure est grave. Pour le général Gort, l’alternative est la suivante ; ravitailler les troupes par voie maritime afin d’anéantir les divisions de Panzers, ou bien évacuer ces dernières. Dans un premier temps, les gouvernements de Paris et de Londres s’accordent sur un ravitaillement. Mais les faits militaires sont là. Si les français veulent conserver leur vaste territoire industriel, le Royaume-Uni a de son côté engagé l’ensemble des hommes et matériels dont il dispose. De plus, tous sont des soldats de métier. Londres fait finalement machine arrière.

Du 10 au 23 mai, l’armée française met hors d’état environ 30% des chars de la Wehrmacht. Pourtant le 26, le gouvernement britannique informe le gouvernement français du repli de son armée sur la côte. Pour autant, il ne précise pas dans l’immédiat que l’objectif est de rembarquer et non d’établir une tête de pont. Persuadés que le plan du ravitaillement est acté, les soldats français continuent de lutter avec acharnement face aux forces allemandes, au prix de nombreuses vies. Pendant ce temps, les premiers soldats britanniques commencent à embarquer. A Lille mais aussi à Boulogne, Calais et même dans la Somme, l’armée française se bat héroïquement, fixant de nombreuses divisions allemandes. Un sacrifice énorme qui, comme le reconnaîtra Churchill, permet le succès de l’opération Dynamo.

 

La défense de Dunkerque

L’incroyable sacrifice des soldats français

De fil en aiguille, Paris comprend que le CEB est sur le point de rembarquer. Un plan établit entre les deux armées voit finalement le jour. Afin de permettre le succès de l’opération Dynamo, la poche de Dunkerque doit être défendue le plus longtemps possible.

Au total, moins de 30 000 soldats français, équipés de 39 chars, défendent un front de 36 kilomètres quand les britanniques, eux, couvrent un front de 4 kilomètres avec plus ou moins 4 000 hommes. Ces derniers quitteront la France dans la nuit du 1er au 2 juin.

La défense de la poche de Dunkerque est principalement assurée par la 12ème division d’infanterie motorisée du général Janssen. Elle est alors, à ce moment précis, réduite à 8 000 hommes. A cette dernière, il faut également ajouter des troupes de la 68ème DI (Division d’infanterie) du général Beaufrère, divers éléments des 21ème et 32ème DI et de reconnaissance, les 1ère et 2ème DLM du groupement blindé Marchal, des unités du secteur fortifié des Flandres du général Barthélémy et quelques artilleries de la Marine Nationale.

En plus des 800 avions engagés de la Luftwaffe, les forces terrestres allemandes représentent une centaine de chars et environ 160 000 hommes. La supériorité ennemie ne fait aucun doute. Environ 45 000 bombes tombent sur Dunkerque et ses plages. Au 2 juin, le 1er bataillon français du 137ème régiment d’infanterie ne compte plus que 50 survivants sur un effectif initial de 500 soldats. Pourtant et jusqu’au 4 juin, les français résistent et lancent même à plusieurs reprises, d’héroïques contre-attaques. La défense de Dunkerque n’est rythmée que par d’audacieuses improvisations des chefs militaires français, qui rivalisent brillamment face aux divisions allemandes.

 

Je ne parviens pas à comprendre comme d’aussi valeureux soldats, luttant en divers endroits à un contre dix, parviennent à trouver encore suffisamment de force pour passer à l’assaut : c’est tout simplement stupéfiant ! […] Dunkerque m’apporter la preuve que le soldat français est l’un des meilleurs du monde. […] Un superbe exploit qu’il convient de saluer.

Général Georg von Küchler

Commandant de la 18ème armée allemande

D’une certaine façon, l’Allemagne participe également au succès de cette opération de sauvetage. Le 24 mai, à 11h42 très précisément, Hitler prend l’étonnante décision de stopper l’avancée de son armée alors qu’elle ne se trouve qu’à environ 20 kilomètres de Dunkerque. En réalité, cette décision est largement motivée par les conseils du général Gerhard von Rundstedt, commandant du groupe A et responsable de l’incroyable avancée du « coup de faucille » sur le flanc Sud. Il souhaite rassembler ses chars afin de lutter plus efficacement contre la résistance alliée. De plus, Göring persuade le Chancelier que sa Luftwaffe (aviation allemande) est facilement en mesure d’anéantir l’armée Alliée. Hitler consentit et ajoute même qu’il est impératif de conserver les chars pour la suite des opérations en France.

Dans les faits, la résistance française n’est certainement pas étrangère à cette décision.

 

Le miracle de Dunkerque

Une réquisition record de navires

Très rapidement, pour ainsi dire en un temps record, les amirautés françaises et britanniques parviennent à rassembler 848 navires. Ils sont militaires ou civils, peu importe, leur mission est simple ; sauver le plus de soldats possible.

Au total, 230 chalutiers, 203 canots à moteur, 8 chaloupes, 19 canots de sauvetage, 13 cargos, 12 petits bâtiments mais aussi un croiseur de DCA, 56 contre-torpilleurs ou destroyers, 6 sloops, 7 patrouilleurs, 2 canonnières, 11 corvettes, 38 dragueurs de mines, 3 navires de transport, 3 bâtiments de commerce, 15 chasseurs, 40 skoots, 27 yachts, 45 malles, 8 navires-hôpitaux, 40 remorqueurs, 13 navires de débarquement et 48 barges prennent la direction de Dunkerque.

Ainsi, sur cet extraordinaire armada, 519 navires sont britanniques, 300 autres sont français ou belges (réquisitionnés par la marine française) et 29 autres sont néerlandais. Au cours de ces 9 jours de sauvetages, la marine britannique déplore la perte de 112 navires (civils ou militaires), la France : 123.

 

La réussite surprise de l’opération Dynamo

Le 26 mai, Hitler comprend que l’arrêt de ses troupes est une erreur. Il revient sur sa décision afin d’empêcher de nouvelles évacuations. A ce moment, très peu de soldats ont déjà quitté la France. Mais ce délai de 48 heures accordé aux Alliés s’avère vital et permet donc l’organisation de l’opération Dynamo et de la valeureuse défense de Dunkerque.

 

On n’avait pas beaucoup de blindés, juste quelques automitrailleuses, c’est moins épais qu’un blindé, ça n’a pas de chenille mais des pneus comme une voiture. On avait des nouveaux fusils de 36 de 7,5 mm de calibre, et puis des mortiers et des canons anti-char. On ne se voyait pas beaucoup (avec les Allemands), il n’y a jamais eu de corps à corps. On reculait. Là où on pouvait faire de la résistance on faisait de la résistance. Une heure ou deux, combats à pied. Puis il fallait repartir, les Allemands avançaient sur les côtés, il ne fallait pas se laisser encercler.

Jeremy Brunet

Soldat français

De prime, l’opération Dynamo n’est pas programmée à des fins de grand succès. Au contraire, elle est plutôt destinée à sauver les meubles. De fait, Churchill espère sauver entre 30 000 et 40 000 soldats sur les 400 000 pris au piège de la poche de Dunkerque.

Les combats, terrestres comme aériens, sont terriblement meurtriers. Environ 16 000 soldats français y laissent leur vie et 2 219 côté britanniques. Au cours de cette période, les allemands font 34 000 prisonniers. Ils sont majoritairement français. Les forces ennemies elles, déplorent l’étonnante perte de plus de 20 000 hommes, pourtant largement en supériorité numérique, ainsi que 318 avions hors de combat. L’aviation britannique (RAF) est massivement intervenue dans les terres et joue incontestablement un rôle important dans cette victoire. L’aviation de Göring, non aidée par une météo détestable, ne s’en sort pas la tête haute. 

Au final, la marine britannique parvient à embarquer 245 211 soldats alliés et 102 570 pour la marine française. Soit un incroyable total de 347 781 vies sauvées ! Parmi eux, 224 686 sont britanniques et 123 095 sont français. C’est un véritable succès humain qui a terme, changera l’issue de la guerre.

 

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Un bilan matériel lourd

Depuis le début de la retraite franco-britannique en Belgique, les soldats alliés sont contraint d’abandonner un grand nombre de matériels et d’équipements. Pour preuve, l’ensemble des véhicules (environ 66 000 et 20 000 motocyclettes) et des équipements lourds sont abandonnés. Il faut aussi ajouter les 2 472 canons qui tombent aux mains ennemies mais aussi 377 000 tonnes d’approvisionnement, 68 000 tonnes de munitions et 147 000 tonnes de carburant. Pour ainsi dire, cela représente environ de quoi équiper une vingtaine de divisions !

Les conséquences sont évidentes. C’est un joli butin pour l’armée allemande. De quoi assurer la suite de la campagne de France, où l’armée française se retrouve désormais seule, puisque les Pays-Bas et la Belgique ont respectivement capitulé les 16 et 28 mai. L’avenir de la France devient alors grandement incertain. Côté britannique, l’île est désormais dépendante des Etats-Unis pour assurer le réarmement de son armée.

 

Nous devons être très prudents de ne pas attribuer à cette délivrance les attributs d’une victoire. Les guerres ne se gagnent pas avec des évacuations.

La résistance héroïque de l’armée française à Lille et à Dunkerque à sauvé l’armée britannique, permettant à l’Angleterre de poursuivre la guerre.

Winston Churchill

Premier ministre du Royaume-Uni

Les conséquences sur la poursuite de la guerre après l’opération Dynamo

Une défaite tactique pour Hitler

Opération Dynamo

Néanmoins, l’avenir du Reich Allemand est lui aussi déjà compromis. Hitler refuse d’engager l’ensemble de ses divisions de Panzers dans la poche de Dunkerque. Seule la 9ème y participe, les autres sont maintenues en réserve pour la suite de la bataille de France. En effet, même si les pertes sont gigantesques, les troupes allemandes doivent encore affronter environ 60% de l’armée française. Ce choix fait sans nul doute pencher la balance en faveur de l’évacuation réussie des soldats britanniques et français. Guderian lui-même estime qu’il s’agit d’une « faute capitale ».

Il ne fait aucun doute non plus que la résistance héroïques et les nombreux sacrifices des combattants français sauvent la Grande-Bretagne et lui permettent donc de poursuivre la guerre. Pour l’Allemagne, c’est une défaite tactique. Désormais, Hitler ne peut plus contraindre Londres à une négociation de paix.

De son côté, Churchill fait de ce rapatriement un symbole de l’esprit combatif britannique. Une victoire dans la défaite. Cela a pour effet direct de remonter le moral de son peuple. De plus, si le CEB avait été perdu, le premier Ministre n’aurait peut-être pas survécu à la pression fortement croissante de ceux qui, dans le gouvernement de Londres, sont prêts à trouver un accord avec Hitler. Il est également bon de noter que des chefs comme Alexander ou encore Montgomery ont été sauvés de Dunkerque. Ils participeront activement à la libération de la France en 1944.

Tout au long de la bataille de France, Dynamo n’est pas la seule opération réussie de ce genre. D’autres, moins connues, ont bien eu lieu en France et toujours grâce aux sacrifices des soldats français.

 

Ceux qui y étaient

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