Opération Korporal (Caporal)

L’attaque contre les Maquis du 5 au 13 février 1944

Hotonnes - Opération Korporal

Dans la paisible et petite commune Aindinoise d’Hotonnes, les locaux célèbrent les funérailles de sept Maquisards, tous récemment tués au combat. C’est un mois de février lourd. Lourd comme l’atmosphère qui règne ces derniers temps dans la région, chargé comme le ciel qui déverse sa neige en abondance.

Depuis plusieurs jours maintenant, les Maquisards se mettent à craindre une vaste opération allemande, présagée par une activité ennemie croissante dans les environs. Rigueur et vigilance sont de mises. Alors pendant que certains pleurent leurs morts, d’autres surveillent et contrôlent la zone. C’est ainsi que par le plus grand des hasards, un certain dénommé Monsieur Houizot, aussi appelé « Avond », est arrêté par les Maquisards. L’homme en question avait auparavant été signalé comme suspect auprès des Résistants. Emmené au camp de Pré Carré pour y être fouillé et interrogé, on découvre sur lui une carte du département étonnement détaillée. Leur intuition ne leur faisait donc point défaut. Quelque chose se prépare, mais où et quand ? Jamais ils ne parviendront à le savoir à temps.

Le lendemain, à l’aube de ce 5 février 1944, l’Opération Korporal est déclenchée.

Plus de 2500 militaires de la Wehrmacht, assistés de la SS et de la Milice Française investissent le département, prêts à en découdre avec les camps du Maquis, préalablement localisés et même infiltrés par la Gestapo. La population locale voit ainsi ses rues, ses routes et carrefours investis par de nombreuses auto-mitrailleuses, de nombreux véhicules, des motos et même des blindés. Dans le ciel, l’aviation allemande veille alors qu’au sol, dissimulées dans leurs tenues blanches et skis équipés aux pieds, les troupes alpines avancent prudemment dans cette neige de plus en plus épaisse. L’étau se resserre.

Un peu partout le principe en reste le même. Les villages et les camps sont pris en état de siège. On y cherche des maquisards et on y fait régner la terreur dans les foyers. Les habitants, réfractaires au STO ou étant susceptibles d’avoir apporté une aide quelconque aux Résistants sont arrêtés, interrogés et déportés lorsqu’ils ont la chance de ne pas être fusillés sur le champ. Pour les Allemands, et en particulier pour Klaus Barbie et le Colonel Ufer, en charge de la chasse menée, l’opération est minutieusement préparée. Et bien que la neige risque inévitablement de ralentir les avancées de leurs troupes, il en sera évidemment de même pour les hommes des Maquis, bientôt trahis par les traces de leurs pas laissés sur le manteau neigeux.

Dès ce premier jour de l’opération Korporal, déjà des affrontements éclatent. Sur la route départementale 31, les Allemands et un petit détachement du Camp Michel ouvrent simultanément le feu. Trois jeunes Résistants sont tués. Un peu plus loin, les cinq villages du Canton de Champagne sont envahis par les oppresseurs. Les hommes, tous sans exception, sont rassemblés et emmenés de force à Vireu-le-Grand. Trente d’entre eux prendront prochainement les routes de la déportation. Au même moment, les fermes du Fort, du Pray Guy et du Molard, réputées pour être des repaires des Maquisards, sont incendiées.

A Brénot, le lendemain matin, le village se réveil complètement bouclé par les autorités armées. Les arrestations se poursuivent sans relâche et dans une violence inouïe. Non loin, une vingtaine de Résistants subissent l’assaut de deux cent cinquante Allemands. Le rapport est totalement déséquilibré, mais les hommes s’essayent tout de même au combat avant de se replier, complètement dépassés. Dix sont tués. Le soir même, deux femmes et vingt-quatre hommes prennent eux aussi le chemin de la déportation, laissant leurs semblables choqués et terrorisés au milieu de maisons en flamme. A Saint-Rambert, treize autres personnes viendront s’ajouter au futur convoi.

La répression s’emballe toujours plus et le 7 février, à Evosges, quatre hommes soupçonnés d’aider les maquis sont froidement abattus. Alors qu’un peu moins d’une dizaine de fermes préalablement pillées sont en feu, le maire est lui aussi exécuté au beau milieu de cette scène de terreur. A Aranc, trois personnes sont également tuées, douze autres sont déportées et, par ce qui semble devenir monnaie courante, maisons et fermes sont réduites en cendres. A Corlier, même constat, cinq Résistants et deux jeunes d’un village voisin sont assassinés, huit fermes incendiées. A Montgriffon, un milicien loge une balle dans la tête du maire délégué, reconnu comme Résistant. Le département semble ainsi coupé du monde réel, tout droit plongé dans les enfers d’une barbarie toujours plus répugnante. Ce n’est malheureusement que le deuxième jour de l’Opération Korporal et elle se poursuivra ainsi jusqu’au 13 février, soit encore six jour durant.

Le 8 février, le Camp du Pré Carré est attaqué par l’aviation. Dans un élan de panique, les maquisards se réfugient dans le bois voisin, laissant « Avond » toujours prisonniers des Résistants, seul et bientôt libéré par un complice. L’homme est chanceux mais aussi incontestablement remonté. Une soif de vengeance émerge rapidement en lui. Accompagné de soldats Allemands, il se rend lui aussi à Brénot, commune qui à nouveau, témoignera d’un sinistre spectacle. L’infiltré et ses « gardes » investissent la Gendarmerie locale. Accusés de complaisance avec la Résistance, quatre brigadiers sont arrêtés puis déportés.

Deux jours plus tard, le 10 février donc, Nantua est elle aussi cernée. Les Allemands doivent là encore procéder à de nombreuses arrestations. Mais les hommes se sachant recherchés, se cachent et deviennent ainsi introuvables. Mais rien n’arrête la SS et ce sont donc les épouses et les mères qui se voient capturées, otages en attendant que les concernés ne se rendent. A la fin de la journée, plus de 40 personnes sont arrêtées dont six gendarmes. Trente d’entre eux seront déportés.

Le lendemain, encore vingt-sept hommes sont arrêtés et déportés à Oyonnax. A Génissiat le 11 de ce même terrible mois, trois ouvriers sont lâchement abattus. A priori ils n’étaient pas des Résistants. Leur seul crime fut de ne pas avoir réussi à déchiffrer les ordres donnés dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas.

L’Opération Korporal se termine ainsi le 13 février 1944. Le bilan est lourd, témoignant une certaine réussite pour les forces occupantes : 339 personnes sont arrêtées dont 287 déportées. Durant ces huit interminables journées, près de 40 personnes perdent la vie et une centaine de fermes ou maisons sont ainsi brûlées. Trop vulnérables, les fermes seront par la suite abandonnées par les Maquisards au profit de campements de fortune au cœur des bois, plus discrets.

Source : Les amis du Musée de la Résistance de Nantua

 

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