La Rafle de Marseille

22, 23 et 24 janvier 1943

La rafle de Marseille, aussi appelée rafle du Vieux-Port, intervient quelques mois seulement après celle du Vél d’Hiv, à Paris. Elle est l’une des plus importantes rafles qu’ait connu la France. Avec plus de 40 000 contrôles effectués sur la population et 6 000 arrestations, 1 642 personnes seront ensuite déportées vers la Pologne et l’Allemagne.

Rafle de Marseille

La Petite Naples

On le surnomme la « Petite Naples marseillaise ». Cœur historique de la cité phocéenne, non sans histoires certes, mais à l’atmosphère ô combien particulière. Campé juste derrière le Vieux-Port, le quartier Saint-Jean est un lieu bien unique en son genre.

Bordées d’immeubles typiques, emboîtés les uns dans les autres, cosmopolites sont ces étroites ruelles qui serpentent des quais du Fort Saint-Jean jusqu’à la montée des Accoules. Ce modeste lieu de Marseille est principalement habité de vies qui viennent d’ailleurs, qui jadis, ont trouvé refuge dans cette France des droits de l’homme.

Entre ces murs, on y parle souvent italien, près de cent mille napolitains ayant un jour fuit la misère, tentent une nouvelle chance ici. A la tombée du jour et jusque tard dans la nuit, c’est une musique devenue franco-italienne qui rythme les soirées de ces petites rues. Mais cette douce mélodie est aussi en concurrence seine avec un autre style musical. Joué par d’autres immigrés, venus de l’autre côté de la Méditerranée, c’est aussi ici que le Sud prend plaisir à écouter ses premières notes de jazz.

Pour autant, la Petite Naples n’est pas un quartier refermé sur lui-même. On y croise aussi bon nombre de pêcheurs. D’ailleurs ici, on vit principalement de la pêche et du commerce même si on croise aussi certains ouvriers de l’industrie. La proximité du Vieux-Port fait que les voyageurs y flânent aussi, dont même certains artistes, français ou étrangers, qui sauront y puiser l’inspiration nécessaire à de futures œuvres.

Et puis la guerre éclate et trop rapidement, les jours s’assombrissent. Vichy remplace la République, les Allemands envahissent la ville et de ce quartier typique, il n’en restera rien.

La verrue de l’Europe

En ce 23 janvier 1943, et ce depuis la veille, La Petite Naples est entièrement bouclée par les forces de l’ordre. Plus personne n’y rentre, plus personne n’en sort. Déjà depuis plusieurs mois, la vie n’y était évidemment plus la même, en particulier depuis que Vichy y a imposé un couvre-feu à vingt heures. Pourtant, ce n’est encore qu’un détail.

L’occupant allemand est sur les nerfs. Le 3 janvier 1943, il a subi un nouvel attentat, s’additionnant à bien d’autres, causant la mort de plusieurs soldats et officiers du Reich. Désormais réputé pour être un repaire de la Résistance, c’est sur ce quartier, que Himmler considère comme la « verrue de l’Europe », que les représailles seront faites.

Moins d’une semaine plus tôt, le maître absolu de la SS avait rédigé une directive secrète abordant plusieurs points. En particulier, il demande l’arrestation de ce qu’il considère comme les « criminels de Marseille », l’évacuation du quartier, tout en exigeant la participation de la police française.

Rapidement, l’opération se met en place. A sa tête, deux hommes étroitement liés par la collaboration. Le premier, Carl Oberg, chef de la SS et de la police du Reich pour la France, souhaite une solution radicale et complète pour « l’épuration de Marseille ». Le second, René Bousquet et spécialement mandaté par Pierre Laval, est le Secrétaire général de la police du régime de Vichy. Visiblement très investi dans cette mission, et selon l’historien Maurice Rajsfus, il demande un temps nécessaire pour acheminer des renforts depuis la capitale et d’ailleurs, tout en demandant également la totale liberté d’agir. Oberg n’en espérait probablement pas autant, quoi qu’il en soit, la demande est accordée. Ainsi, près de 12 000 policiers, gendarmes, gardes mobiles et aussi quelques membres du Service d’Ordre Légionnaire s’ajoutent aux 5 000 SS prêts à investir le quartier.

La Petite Naples marseillaise

Le quartier Saint-Jean à Marseille. Vue depuis le pont transbordeur. © Bundesarchiv

La rafle de Marseille

C’est donc ce 23 janvier, à l’aube, que débute la rafle de Marseille. A six heures du matin, les bottes dans les escaliers et les coups de poings dans les portes surprennent les habitants au réveil. Tous les logements sont fouillés par les forces françaises et allemandes. Fouille qui, dans bien des cas, s’apparente en réalité bien plus à du pillage.

Les habitants sont évacués du quartier et dans un même temps, près de 40 000 contrôles sont opérés. Non loin de là, à l’Hôtel de ville de Marseille, René Bousquet, cigare et sourire aux lèvres, suit de très près le bon déroulement de cette rafle qui finalement, va prendre un autre tournant.

Près de la « Petite Naples », un autre quartier ; celui de l’Opéra. Du fait de sa proximité avec la synagogue de la ville, on sait que de nombreux Juifs y vivent. La décision est prise, l’opération est étendue et elle se poursuit dans une violence inouïe.

Tirés du lit, on ne donne même pas le temps à ces habitants de s’habiller. Femmes, hommes ou enfants, tous sont traités dans les mêmes conditions. Les bagages ne sont dans l’ensemble plus tolérés, ni même le moindre souvenir d’une vie, aucun effet personnel. Environ 250 familles sont séparées dès l’arrestation. Dans l’immense majorité, elles ne se retrouveront jamais.

Jacques Delarue, jeune gardien de la paix, assite à l’évacuation et témoignera : « Le spectacle de ces familles, soudain misérables, avait quelque chose de vraiment poignant. Les vieillards et les enfants pleuraient et grelottaient dans le matin glacial. Tout ce monde, surchargé de paquets hétéroclites s’interpellait, interrogeait les agents, cherchant à comprendre les causes du malheur qui les frappait soudainement. »

René Bousquet lors de la rafle de Marseille

Dans son manteau de fourrure, cigare à la main et sourir aux lèvres, René Bousquet suit les opérations de la rafle de Marseille depuis l’Hôtel de ville. © Bundesarchiv

René Bousquet lors de la rafle de Marseille

Entre le regard du portait du maréchal Pétain et un mémorial de la Première Guerre, les forces d’intervention se tiennent prêtes. © Bundesarchiv

Rafle de Marseille - Rue Bonneterie

Rue Bonneterie à Marseille, la population raflée, dont la présence d’enfants, par les forces françaises et allemandes © Bundesarchiv

Déportation et destruction

A la fin des opérations, 12 000 personnes sont envoyées au camp militaire de Fréjus, et 1 642 autres sont déportées à Sobibor en Pologne et à Orianeburg-Sachsenhaussen, en Allemagne. Parmi elles, environ 1 000 Juifs. Les autres sont des étrangers en situation irrégulière dont Vichy cherche à se débarrasser depuis sa prise du pouvoir, des Tziganes, ou encore des homosexuels. Les Résistants arrêtés, ne concernent finalement que quelques cas.

Le 24 janvier, la préfecture communique en première page du journal Le Petit marseillais. Quiconque est encore présent dans le quartier doit immédiatement se présenter sur le quai du port, alors même que l’on continue encore de frapper aux portes. Pour cause le quartier doit être entièrement évacué, dans sa directive pour Marseille, Himmler en avait aussi demandé sa destruction.

Les premières charges explosives sont entendues à partir du 1er février 1943. Durant neuf jours et sans répit, 1 500 immeubles sont totalement rasés, représentant une surface totale de 14 hectares. Le quartier de la « Petite Naples marseillaise » n’existe plus. Ceux qui ont été relâchés après leur arrestation se retrouvent devant un champ de gravats à leur retour. A cette action de destruction, les mots du maréchal Pétain sont les suivants : « Ce n’est pas dommage. Je suis même assez d’accord qu’ont ait mis par terre ce quartier ».

Rafle de Marseille - Juifs déportés

Déportation de familles Juives raflées à Marseille. © Bundesarchiv

Rafle de Marseille - Juifs déportés

Déportation de familles Juives raflées à Marseille à proximité du Vieux-Port. © Bundesarchiv

Rafle de Marseille - Juifs déportés

La détresse de cette femme, qui vient de monter dans un Wagon, se lit sur son visage. © Bundesarchiv

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