Le bombardement de Marseille

Le 27 mai 1944, Marseille est très lourdement bombardée par l’aviation américaine. Ayant pour objectif de préparer le débarquement de Provence, les raids se multiplient dans le Sud de la France. Le bombardement de Marseille est l’un des plus meurtriers en France, son bilan est désastreux ; 1752 personnes sont tuées et de nombreux immeubles sont détruits.

Bombardement de Marseille 27 mai 1944

Marseille à bout de souffle

Les temps sont durs à Marseille, peut-être plus qu’ailleurs. Depuis trois jours, la ville est paralysée par une grève qui parait bien s’éterniser. On réclame à manger ; on a faim. Terrible constat d’un rationnement inégal d’une région à l’autre. La guerre marque et fatigue la citée phocéenne, elle qui peine encore à se remettre de la rafle et de la destruction du quartier du Vieux-Port.

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Depuis le début de la guerre, les fausses alertes aux bombardements se sont multipliées. De fait et par lassitude, on ne les prend plus vraiment au sérieux. Evidemment, il n’y a pas de quoi en faire une généralité non plus, certains appliquent encore les consignes de protection à la lettre. Mais c’est une réalité, bientôt démenties, les bombes ne tombent jamais sur Marseille.

Ce 27 mai 1944, les sirènes d’alerte se font une nouvelle fois entendre à Marseille. Alors certains se mettent à l’abri, d’autres non. Après tout, on ne peut que comprendre ceux qui décident de passer cette « alerte pour rien » dans le confort de leur domicile. Et puis les minutes passent et le ciel demeure muet. En définitive et une fois de plus, il ne se passe rien. Ceux qui sont enfermés dans les caves et autres abris de la Défense Passive attendent impatiemment la sirène de fin d’alerte pour reprendre une journée qui, comme les autres, s’annonce de toute façon bien pénible.

 

Préparer le débarquement de Provence

Outre le Débarquement de Normandie, un autre se prépare aussi : celui de Provence. Ainsi, le Sud de la France n’échappe pas à la règle et les bombardements alliés se multiplient. Ce jour-là, Montpellier, Avignon, Salon, Nîmes, sans oublier Marseille, vont en faire la terrible expérience.

Après de longues minutes « sans rien », le ronronnement des moteurs américains se font soudainement entendre. Brusquement à 10h50, la défense antiaérienne allemande entre en action. Le silence fait place aux poudres qui claquent désormais dans ce ciel parfaitement ensoleillé. Pour mieux appréhender cette DCA ennemie qui se veut de plus en plus efficace, les bombardiers américains ont fait le choix de voler à très haute altitude pour larguer leurs bombes, entre 4 000 et 5 000 mètres au dessus des terres. Les aviateurs et leurs machines volantes se montrent ainsi moins vulnérables aux tirs provenant du sol. Néanmoins, et à la différence des britanniques qui choisissent d’attaquer « en piqué », ils sont aussi nettement moins précis.

Véritable spectacle angoissant, près de 700 avions apparaissent dans le ciel phocéen. Les bombardiers sont observés au-dessus des collines de Garlaban puis sur les hauteurs de Saint-Barnabé. Entre 120 et 130 Libérator prennent directement la direction de Marseille, les autres foncent tout droit sur Montpellier, Salon, Avignon ou encore Nîmes. Comme depuis le début des bombardements alliés en France, les cibles diffèrent peu ; on attaque les installations ferroviaires en vue de réduire les mouvements de troupes allemandes. Mais à Marseille, rien ne va se dérouler selon les plans.

 

Le bombardement du 27 mai 1944

Subitement, au son des premières déflagrations, la panique et l’affolement gagnent la ville. Ceux qui ne l’étaient pas cherchent brusquement un endroit où se mettre en sécurité. On s’agglutine sous les portes cochères, dans les halls de cinéma ou encore sous les ponts et tunnels de la ville.

Par sept vagues de dix-huit bombardiers et en dix minutes seulement, entre sept cent et huit cent bombes sont larguées sur Marseille, qui vire soudainement dans le plus terrible des cauchemars. Encore à la recherche d’abris, beaucoup de marseillais sont tués par le souffle des explosions.

Ainsi et dans un vacarme infernal, une centaine de bombes tombent dans le périmètre de la gare Saint-Charles alors que d’autres foudroient le cœur de la Canebière. Ailleurs, rue de Rome, le cinéma Rex est touché. Sur la place Placide-Caffo ou à la Belle-de-Mai, plusieurs maisons s’effondrent. Les détonations n’épargnent rien ni personne, écroulant de nombreux abris et immeubles là où les passants avaient jsutement trouvé refuge.

C’est un véritable carnage, l’école de rue Belle-neuve est entièrement soufflée, l’église du Bon-Pasteur est sévèrement touchée, près de 400 corps y seront retrouvés. Réquisitionné par une partie du personnel féminin de la Kriegsmarine, l’Institution de jeunes filles des sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny n’est pas épargné non plus.

 

1 752 morts : un bilan désastreux

En l’espace de quelques minutes seulement, le bombardement de Marseille fait 1 752 tués dont 52 allemands, une centaine de disparus et plus de 2 700 blessés. Plus de 1 000 immeubles sont détruits, près de 9 000 fortement endommagés. Ainsi, 18 000 marseillais se retrouvent à la rue.

La fin de l’alerte est donnée aux alentours de midi. Ceux qui sortent enfin des abris se doivent d’avoir le cœur bien accroché. Marseille est plongée dans un nuage de poussière, le ciel se retrouvant ainsi voilé. L’odeur de fumée, mêlée à celle de poudre et de diverses matières carbonisées s’infiltre dans les narines. De fait, Marseille brûle. Une cinquantaine d’incendies viennent de se déclarer. Les rues sont obstruées de gravas en tout genre, les fils du tramway courent désormais le long du sol. Pire encore, les ossements du cimetière Saint-Charles ont été projetés sur une large étendue. Plusieurs quartiers n’ont plus accès à l’eau, au gaz ou encore à l’électricité. Les scènes sont plus apocalyptiques les unes que les autres. 

Le calme revenu, la douloureuse étape de recherche des victimes peut alors débuter. Elle s’éternisera plusieurs jours durant. Autrement que sous les décombres, des corps jonchent les rues par dizaines, par centaines. Bon nombre ne sont plus reconnaissables, ils sont décharnés, certains dénudés, leurs vêtements ont brûlé. Sous le tunnel ferroviaire enjambant le boulevard-National, 130 cadavres sont retrouvés, l’architecture n’ayant pas supporté l’impact des bombes. Dès la fin de l’alerte, les secours se mettent à pied d’œuvre. Pourtant, eux aussi payent un lourd tribu de ce bombardement. Les volontaires de Défense Passive perdent 64 des leurs, 47 démineurs sont tués ainsi que 10 marins-pompiers.

Et que dire du résultat stratégique de ce bombardement ? Les gares de marchandises d’Arenc, du Canet, de Joliette, du Prado ainsi que leurs divers embranchements sont intacts ou alors très peu endommagés. Il en va de même pour le dépôt de locomotives de Saint-Charles et de la Blancourde. Les installations portuaires quant-a-elle, n’étaient pas visées.

Evidemment, les principaux concernés, ceux qui étaient sous ce déluge, ne comprennent pas ce bombardement de Marseille, on le fustige même. Un sentiment antiaméricain gagne rapidement l’esprit des marseillais, aussi encouragé par les autorités locales et par la presse collaborationniste. Si la Résistance s’en inquiète, ce sentiment ne deviendra cependant jamais majoritaire. Quoi qu’il en soit, 1 752 personnes viennent de perdre la vie, et le trafic ferroviaire initialement ciblé, reprendra son activité normale après seulement douze jours.

Sources : Quand les Alliés bombardaient la France – Eddy Florentin – Editions l’ancre de marine

 

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