Opération Chariot – Raid sur Saint-Nazaire

L’opération Chariot est un raid britannique mené sur le port de Saint-Nazaire, sous occupation allemande, par la Royal Navy et la Royal Air Force, le 28 mars 1942. Les principaux objectifs de cette attaque furent de détruire la forme Joubert ainsi que la base sous-marine qui menaçaient directement le Royaume-Uni.

Opération Chariot - Raid sur Saint-Nazaire

Saint-Nazaire et l’opération Chariot

Depuis quelques temps déjà, la menace de la marine allemande dans l’Atlantique est plus que croissante. Au point d’en devenir même un véritable danger pour le Royaume-Uni. De nombreux navires sont attaqués, et les approvisionnements, vitaux pour l’île, sont fortement perturbés. Mais les choses pourraient encore s’envenimer davantage si Adolf Hitler prenait la décision de ramener son puissant cuirassé, le Tirpitz, dans ce même secteur et donc à proximité certaine des convois maritimes britanniques.

Churchill le craint énormément et ajouté aux nombreux sous-marins ennemis qui quadrillent déjà la zone, le Royaume-Uni se retrouverait de fait en danger de mort. La menace est majeure et c’est ainsi que les regards se tournent vers Saint-Nazaire.

En France, Saint-Nazaire, petite ville de 40 000 habitants, possède l’un des plus grands ports de la côte Atlantique. Occupée depuis le 21 juin 1940, les Allemands y ont érigé l’année suivante, une très importante base sous-marine afin d’accueillir les redoutables U-Boot allemands. De part sa position géographique et de ses nombreux équipement portuaires et industriels, Saint-Nazaire est rapidement devenue une ville stratégique pour l’occupant. De plus, la forme Joubert, au sein même du port de la ville, est potentiellement la seule cale en capacité d’accueillir le Tirpitz pour des opérations de réparation. Or, avant de déployer un tel cuirassé dans un secteur de guerre, il faut impérativement lui prévoir un endroit dans lequel il puisse être réparé en cas de mauvais coup. Seule Saint-Nazaire peut prétendre à un tel rôle.

La forme Joubert du port

Forme Joubert Saint-Nazaire

La forme Joubert (aujourd’hui présentée en photographie ci-dessus), est une forme de radoub située dans le port de Saint-Nazaire. Elle permet l’accès au port aux bateaux de grande taille mais aussi à l’entretien, à la réparation et à la construction de navires. Entrée en service en 1933, elle est au cours de la Seconde Guerre mondiale, la seule forme de radoub de la côte Atlantique pouvant accueillir le puissant et redoutable cuirassé allemand Tirpitz. De fait, le port de Saint-Nazaire devient une menace forte.

Le cuirassé allemand Tirpitz

Cuirassé Tirpitz

Le Tirpitz est au cours de la Seconde Guerre mondiale, le plus grand cuirassé à flot d’Europe. Lancé par Adolf Hitler le 1er avril 1939, il mesure 251 mètres de long et 36 de large. Très résistant et difficile à attaquer, son blindage monte jusqu’à 323 millimètres d’épaisseur par endroit. L’armement de cet incroyable bâtiment de guerre est composé de 8 canons de 380 mm, 12 canons de 150 mm et de 6 tourelles et 16 pièces de 105mm, en plus d’une puissante défense antiaérienne.

La base sous-marine de Saint-Nazaire

Base sous-marine Saint-Nazaire

La base sous-marine de Saint-Nazaire est construite sous l’occupation allemande à partir de l’année 1941 par l’Organisation Todt. Nécessitant la présence d’un peu moins de 5 000 ouvriers, elle est définitivement achevée à la fin de l’année 1943. Près de 460 000 m3 de béton auront été nécessaires à la construction de cette base d’environ 39 000 m2. Avec 14 alvéoles, elle peut ainsi accueillir de nombreux U-Boot allemands, patrouillant dans tout l’océan Atlantique.

Le plan de l’opération Chariot

Evidemment les Britanniques ne peuvent rester les bras croisés et le but et les plans de l’opération Chariot sont définitivement adoptés le 26 février 1942. Deux objectifs principaux en découlent ainsi ; il faut saboter la forme Joubert afin d’empêcher la potentielle venue du cuirassé Tirpitz, et mettre hors d’usage la base sous-marine servant à accueillir les U-Boot allemands.

Au préalable, les services secrets britanniques ont recruté des agents sur place. Ils sont des ouvriers, des salariés des chantiers navals de Saint-Nazaire ou encore des marins. Grâce à leur présence sur place, au cœur même du lieu de la future attaque, et avec l’aide très précieuse du réseau de Résistance Notre-Dame, ils font remonter de précieux renseignements sur les défenses du port. Par ce fait, les Britanniques sont déjà au courant de la présence de nombreuses mines sous-marines, de pièces d’artillerie côtière, de batteries anti-aériennes et de la présence d’environ 6 000 hommes en plus des habituels sous-marins et vedettes allemandes.

Pour la réussite d’une telle attaque, l’opération Chariot prévoit des moyens à la hauteur des objectifs annoncés. En premier lieu, un commando composé de 264 hommes, spécialement entraîné au sabotage et sous les ordres du lieutenant-colonel Newman, doit être débarqué sur les quais. Selon les plans adoptés, ce dernier sera divisé en trois groupes. Le premier est chargé de l’assaut et de neutraliser les défenses, le second doit y mener les opérations de sabotage et le dernier a pour rôle de couvrir la retraite des deux premiers.

Dans un même temps, un navire « bélier » doit enfoncer la porte de la forme Joubert. Le Campbeltown est un vieux destroyer américain qui, il y a peu, avait été cédé aux Anglais. Pour permettre une meilleure discrétion, celui-ci est maquillé aux couleurs des destroyers allemands. Il subit aussi d’importantes modifications afin d’y loger, entre-autres, 4 tonnes d’explosifs le transformant ainsi en bombe flottante dont l’explosion sera déclenchée par une minuterie.

Cap sur la France

Le 26 mars 1942, une flotte composée du Campbeltown, du MGB 314, un navire d’escorte de convois navals, de 12 chaloupes à moteur, 4 vedettes lance-torpilles ainsi que les destroyers Atherstone et Tynedale, partent en mer, direction Saint-Nazaire. Pour garder une plus grande discrétion mais aussi pour tromper l’ennemi, les deux derniers navires restent en couverture, au large et une trajectoire spéciale pour le reste de la flotte est adoptée et c’est le pavillon de la Kriegsmarine qui est accroché.

Cependant les choses se compliquent rapidement quand le Tynedale subit, au large du convoi, un accrochage avec un sous-marin allemand. Le U-Boot parvient à s’enfuir et le commandement ennemi est désormais au courant de la présence de navires britanniques dans les environs.

Le 27 mars 1942, à 23h30, la Royal Air Force mène une attaque de diversion sur Saint-Nazaire et le 28 mars, aux alentours de 1h du matin, la flotte britannique se rapproche des côtes, tous feux éteints. Probablement parce qu’ils sont sur leurs gardes, les Allemands parviennent à repérer la flotte à l’aide d’un puissant projecteur. En réponse, les Britanniques utilisent les signaux de reconnaissance ennemi. Les occupants doutent, et les assaillants gagnent du terrain. Finalement, à 1h27 très exactement, le pavillon de la Kriegsmarine est retiré au profit de celui de la Royal Navy, marquant ainsi le début de l’attaque.

Le raid sur Saint-Nazaire du 28 mars 1942

Sous un feu très nourri et terriblement meurtrier, les commandos sont débarqués sur les quais du vieux bassin. Malgré les premières difficultés rencontrées, ils parviennent tout de même à établir un poste de commandement et les équipes de sabotage se mettent déjà au travail.

A 1h34, soit à peine 7 minutes après le début de l’attaque, le Campbeltown, lancé à 18 nœuds, s’encastre avec force dans les portes de la forme Joubert. L’équipage, composé de 75 hommes, rejoint les commandos et parviennent par la suite à s’emparer de plusieurs positions. L’ennemi est sonné, mais pas pour longtemps.

L’effet de surprise dissipé, de nombreux renforts Allemands arrivent de toute part. Les Britanniques sont à leur tour bousculés et doivent résister de longues heures avant de finalement battre en retraite. Cependant, la moitié des vedettes destinées à rapatrier les soldats ont été détruites. 

Beaucoup de survivants et de blessés se retrouvent ainsi bloqués à terre. Dans l’idée de rejoindre la Résistance française, Newman ordonne la dispersion de ses hommes vers l’arrière-pays. Mais les Allemands sont sur les dents et la traque s’organise. Maigre résultat ; seuls 5 soldats parviendront à prendre la fuite.

Dans un même temps, les autres vedettes chargées de 227 hommes dont le seul français participant à l’opération Chariot ; Raymond Couraud, parviennent à s’enfuir et à regagner le pays sous la protection des destroyers Atherstone et Tynedale.

Suite et bilan de l’opération Chariot

Au cours de cette attaque, 169 soldats britanniques ont été tués, 215 autres ont été faits prisonniers et les objectifs sont partiellement atteints. De leur côté, les Allemands perdent 42 hommes durant cette seule nuit.

Au lendemain de l’attaque du port de Saint-Nazaire, les occupants investissent l’épave du Campbeltown, au moment même où la minuterie de la bombe flottante arrive à son terme. A 10h30, le vieux destroyer américain explose avec une force incroyable. Il n’existe aucun bilan officiel, mais selon certaines sources, l’explosion aurait causée la mort d’une centaine de soldats allemands. Le puissant souffle fait ainsi voler en éclat la porte Sud de la forme Joubert. De cause à effet, le bassin est inondé, deux pétroliers amarrés chavirent et la forme Joubert est ainsi entièrement hors d’usage.

Le lendemain 29 mars, deux torpilles à retardement, qui avait été tirées au cours de l’attaque, explosent. Dans une confusion totale, les Allemands croyant à une nouvelle attaque, ouvrent le feu sur des ouvriers français chargés du déblaiement. Toujours paniqués, les occupants abattent le soir venu des hommes de l’Organisation Todt, confondus avec des commandos britanniques en raison de la couleur kaki de leurs uniformes. Au traques et formes de représailles menées, il faut également ajouter la mort de 16 civils français.
Sur la plan matériel, la forme Joubert est détruite et restera inutilisable jusqu’en 1947. Mais le bilan n’est pas aussi positif du côté de la base sous-marine, qui elle, est restée intacte. De fait, les sous-marins continueront de patrouiller dans l’Atlantique en causant toujours de nombreux dégâts aux Alliés.

Pour tenter d’y remédier, les Alliés planifient à partir du 9 novembre 1942 de nombreux bombardements sur la ville de Saint-Nazaire afin d’isoler la base sous-marine et de perturber les ravitaillements. Terriblement meurtriers, de centaines de Français trouveront la mort sous ces bombes et la ville sera entièrement détruite.

Preuve de sa force, la garnison allemande composée d’environ 28 000 hommes, ne se rendra que le 8 mai 1945.

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