Les bombardements de Lorient

4000 tonnes de bombes en 1943

En ce début d’année 1943, la menace et l’efficacité sous-marine allemande est toujours aussi puissante et cause de lourds dégâts aux Alliés dans l’Atlantique et dans la Manche. En 1942, un millier de navires sont coulés par la marine allemande. Partant de ce fait, le War Cabinet de Churchill choisit d’adopter une politique de bombardements sur les bases de sous-marin présentes sur la côte Ouest française à savoir ; Lorient, Saint-Nazaire, Brest et La Pallice. La destruction de ces bases doit être totale, le mot d’ordre est donné, il faut procéder à des attaques d’une intensité maximale.

La première doit concerner la ville de Lorient et elle se fera à très grande échelle. Lors de la planification de l’opération, Churchill annonce : « Il s’agira d’un raid de précision. Donc, aucun besoin de mettre en garde les civils ». La surprise doit être totale.

Lorient, 14 janvier 1943. A 23h55 et pour la troisième fois de la journée, les sirènes se mettent à hurler dans toute la ville. Depuis le début de l’Occupation, il s’agit de la 317ème alerte. Dans le ciel de la cité bretonne, 63 Halifax, 33 Wellington, 20 Stirling et 6 Lancaster sont en approche. A 00h15, un premier passage d’avions éclaireurs s’occupe de jeter des centaines de fusées éclairantes qui, doucement, descendent du ciel, dévoilant peu à peu les cibles. Dans la foulée, un second passage est effectué, pour cette fois-ci larguer les premières bombes incendiaires.

La Flak allemande réagit avec la plus grande violence. Mais elle ne parvient cependant pas à empêcher les bombardiers britanniques de larguer une heure trente durant, 10 000 incendiaires et une vingtaine de bombes explosives sur l’Arsenal, le Sud et l’Ouest de la ville et sur l’usine d’aviation de Bag-er-Men, sans oublier bien sûr la base sous-marine.

Néanmoins, certains appareils procèdent aussi à des bombardements dit « sauvage ». La propreté de l’opération, si on peut l’appeler ainsi, est anéantie. L’Hôtel des Postes est détruit, de même que deux églises et environ 120 immeubles. Au cours de cette attaque, 14 civils trouvent la mort et 13 autres sont blessés. Si l’Arsenal allemand est très endommagé, ce n’est pas du tout le cas de la base sous-marine qui, sous son importante armature armée, ne subit que peu de dégâts.

Bombardements du 15 janvier

Chez les Lorientais, l’émotion est forte. Pourtant, dès le lendemain soir, 157 bombardiers, canadiens cette fois-ci, sont en approche. Nouvelle alerte et seconde attaque qui durant deux heures, se montrera plus violente encore que la première.

C’est une véritable pluie d’incendiaires qui tombe sur Lorient. « La ville n’est plus qu’une masse de feu visible jusqu’à 70 à 80 miles » constatent les aviateurs canadiens. Ainsi dès le début de ce second raid, plus de 400 incendies sont simultanément déclenchés. Le centre-ville est un immense brasier et la partie intra-muros de la ville se trouve dans le même état.

Dans Lorient, il n’y a plus d’eau courante, le réseau a été détruit par les bombes et c’est également le cas pour le gaz et l’électricité. Au milieu des flammes incontrôlables, des habitants prennent la fuite, choqués et épuisés, d’autres se contentent de regarder leur maison brûler quand ils ne font pas partie de ceux qui en sont prisonniers des décombres et du feu. Au lendemain de ce bombardement, on dénombre 79 morts et environ 10 000 sans-abris.

Bombardements du 23 janvier

Ils reviennent. Nouvelle alerte, il est 13h48. Maintenant, c’est au tour des Américains, 36 Forteresses volantes s’apprêtent à larguer 252 bombes. Le raid ne dure pas plus de trois minutes et pourtant, de nombreux immeubles, des maisons et des commerces sont une fois encore touchés.

Le reste de l’après-midi se veut calme alors qu’à Lorient, on s’affaire encore à sortir les victimes des décombres. Mais en début de soirée, à 20h15 très exactement, le ciel se rempli une nouvelle fois d’avions. Nouvelle attaque, 121 bombardiers britanniques et canadiens s’attaquent aux cibles initiales et les dégâts collatéraux sont toujours aussi terribles : 25 morts, 500 immeubles détruits et de nouveaux incendies, encore et encore…

Février 1943 : Lorient est évacuée

Six jours plus tard, nouvelle attaque. Si celle-ci ne fait aucune victime, pour les autorités locales, c’est celle de trop. Ainsi, le 3 février, le préfet ordonne l’évacuation de la ville de Lorient pour toutes les personnes non essentielles. Ne restent donc principalement que les policiers, pompiers, secouristes et personnels de la Défense Passive.

L’évacuation se termine le 7 février alors que ce même jour à 19h45, une nouvelle et dévastatrice attaque débute. En plus d’une centaine de bombes explosives, des milliers d’incendiaires tombent du ciel. Bilan, 27 civils qu’il faut désormais ajouter à la liste des décès.

L’histoire malheureuse ne semble jamais s’arrêter. Britanniques et Canadiens reviennent à la charge le 13 février avec 466 bombardiers. Ce jour-là, ce ne sont pas moins de 1000 tonnes de bombes qui viennent coucher le peu d’immeubles qui tenaient encore debout, 288 sont totalement détruits.

Le dernier raid intervient dans la nuit du 16 au 17 février. Un total de 377 appareils survolent le port et ce qu’il reste de la ville. Sous la puissance des explosions, 131 immeubles s’écroulent.

Bilan des opérations

En l’espace d’un peu plus d’un mois, les Alliés ont mené 9 attaques sur la ville de Lorient. Le bilan est désastreux. Environ 4000 maisons ou immeubles sont rasés et 3500 fortement endommagés au milieu desquels, 350 civils trouvent la mort. Même s’il est déjà trop élevé, il est vrai qu’au vu des dégâts, le bilan humain peut paraitre faible. C’est en réalité à mettre au bénéfice des alertes, toujours données en temps et en heure, ainsi qu’au actions et préventions menées par la Défense Passive.

Côté militaire, 1676 avions ont pris part aux différentes attaques, près de 4000 tonnes de bombes ont été larguées sur la ville. Si le parc d’artillerie allemand à beaucoup souffert, les sous-marins eux, sont restés intacts. De plus, les sous-mariniers, lorsqu’ils n’étaient pas en mission, dormaient et vivaient en dehors de la cité bretonne.

Stratégiquement, ces bombardements n’auront dans l’ensemble apportés qu’une simple « gène » à l’ennemi. Les patrouilles en mer sont effectivement perturbées le temps de quelques mois et la construction de nouveaux submersibles accuse un léger retard.

La Royal Air Force reconnait évidemment un terrible échec. Un échec incroyable au prix d’une ville détruite à 80%. Ainsi Brest et La Pallice sont retirées du programme de la RAF. Ce qui ne sera en revanche pas le cas de Saint-Nazaire…

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