Les bombardements de l’usine Renault

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’usine Renault de Boulogne-Billancourt, située sur l’île Seguin dans les Hauts-de-Seine, subie plusieurs bombardements meurtriers, notamment en mars 1942 et en avril 1943.

Bombardements usine Renault Boulogne-Billancourt

L’industrie française au cœur de l’effort de guerre allemand

Depuis la signature de l’armistice franco-allemande, un très grand nombre des usines françaises situées du côté de la zone occupée de la ligne de démarcation sont réquisitionnées. Leurs productions détournées, elles se retrouvent ainsi au service de l’effort de guerre allemand.

Dès le début de l’année 1942, le rapport de force entre l’Axe et les Alliés parait s’inverser, surtout depuis l’entrée en guerre des Etats-Unis. Désormais, ces derniers veulent affaiblir le tissu industriel allemand, dont celui présent en France. Selon l’historien britannique Alan Milward, le territoire métropolitain contribuerait à hauteur de 8% du produit intérieur brut allemand. L’attaque des usines françaises devient donc aux yeux des Alliés, un mal nécessaire pour la poursuite de la guerre.

Bombardement de l’usine Renault du 3 mars 1942

Dans la journée du 1er mars 1942, l’aviation britannique largue des milliers de tracts destinés à la population locale. Ils préviennent alors de l’éminence de bombardements, la raison et la nature des sites ciblés, tout en expliquant la nécessité absolue de se mettre à l’abri.

Alors que la nuit s’apprête à tomber en cette fin de journée du 3 mars, 235 bombardiers de la Royal Air Force décollent d’Angleterre en direction de la France. Leur mission consiste à bombarder plusieurs positions stratégiques d’Ile de France, dont Boulogne-Billancourt, pôle industriel majeur. En cette nuit de pleine lune, le ciel devient soudainement encore plus éclairé par des fusées jetées d’avions éclaireurs alliés. A 21h30, les bombardiers approchent et une première vague de bombes éclate sur la ville industrielle. Mais ce qui avait été présenté comme une frappe chirurgicale est en réalité loin d’être le cas. Le bombardement est extrêmement massif et de nombreux immeubles civils sont touchés.

Pour une raison inconnue, les sirènes de la défense passive n’ont pas été actionnées afin prévenir la population du danger et de son côté, la défense anti-aérienne n’a quasiment opposé aucune résistance. Les habitants sortent, pour voir, pour comprendre, mais aussi pour aider leurs semblables à s’extirper des décombres. Un peu plus tard, vers 23h00, les bombardiers effectuent un deuxième passage tout aussi dévastateur.

Au total et de façon très imprécise, près de 475 tonnes de bombes sont larguées. Les dégâts sont importants. Un peu plus d’un dixième de la surface de l’usine Renault est rasée, plusieurs machines, de nombreux véhicules et les installations de gaz et d’électricité sont fortement endommagés. Mais surtout, la ville voisine paye lourdement ce bombardement, sur le plan matériel mais aussi sur le plan humain. Les bombardements font plus de 1 500 blessés et causent la mort d’environ 600 civils au milieu de près de 200 immeubles éventrés.

Un événement pour la propagande

Les Français, dans l’ensemble, sont évidemment très choqués par cette attaque meurtrière. De son côté, Vichy accuse les Britanniques de meurtriers et la propagande anti-alliée bat son plein. La population est divisée, certes meurtrie et constate que la guerre repousse chaque jour les limites de la violence.

Les usines Renault reprennent finalement un fonctionnement normal à partir du mois de juin suivant. Un soulagement pour les ouvriers qui échappent ainsi et pour l’heure, à la déportation pour aller travailler en Allemagne. Mais les bombardiers Alliés n’ont pas encore dit leur dernier mot et reviendront à partir du mois d’avril 1943.

Bombardement de l’usine Renault du 4 avril 1943

En tout début d’après-midi de ce dimanche 4 avril 1943, l’aviation alliée apparait une nouvelle fois dans le ciel de Boulogne-Billancourt. Cette fois-ci, les bombardiers sont américains, escortés par des chasseurs britanniques. Mené en plusieurs vagues, le raid est dévastateur et tout comme le premier, il est aussi imprécis. De fait, et de par la très haute altitude depuis laquelle les bombes sont larguées, un obus tombe sur l’hippodrome de Longchamp, particulièrement fréquenté ce jour-là. Dans un temps très rapproché, un second explose sur la station de métro Pont-de-Sèvres, causant la mort de 80 personnes civiles.

Une nouvelle fois, la sidération s’empare des habitants qui ne peuvent que constater les nombreuses habitations détruites et endommagées par ce raid qui fait 327 morts et plus de 900 blessés. De son côté et au cours d’une déclaration, le maréchal Pétain s’indigne, dénonçant une énième agression anglo-saxonne alors même que la BBC regrette ces morts et rejette la faute sur la politique de collaboration menée par le gouvernement de Vichy.

Jusqu’à la fin du mois de septembre 1943, les Alliés effectueront de nouvelles sorties au dessus de l’usine Renault de Boulogne-Billancourt, dans lesquelles 300 autres vies seront encore sacrifiées.

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