L’opération Catapult et l’attaque de Mers-el-Kébir

L’opération Catapult est une opération britannique déclenchée le 3 juillet 1940 par Winston Churchill dont l’objectif est d’empêcher que la flotte française ne tombe entre les mains allemandes ou italiennes. Dans la rade de Mers el-Kébir, en Algérie, les négociations n’aboutissement pas et la flotte anglaise ouvre le feu : 1 380 marins français sont tués et 370 autres sont blessés.

Opération Catapult et bataille de Mers el-Kébir

© Photothèque personnelle de Jacques Mulard – Le croiseur de bataille Strasbourg

La flotte française après l’armistice

De cette journée de l’attaque Anglaise sur Mer el-Kébir, un rescapé âgé de 21 ans au moment des faits se souvient : « L’escadre anglaise nous attendait au large. À 17 h 55, l’ordre de mise à feu est donné. Les rafales commencent. Le premier bateau, bloqué vers la passe de Mers el-Kébir, coule en travers, avec tous les hommes à bord. Tous les bateaux, les torpilleurs, les contre-torpilleurs sont atteints un par un. À 18 h 12, les tirs s’arrêtent. Un quart d’heure a suffi à prendre la vie d’environ 1 300 hommes, déchiquetés par les salves de canons 380, broyés par le souffle des explosions, noyés ou asphyxiés emprisonnés, victimes du mazout absorbé en mer, brûlés par la vapeur, gisant dans les fonds rendus inaccessibles par la fumée mortelle qui se dégage des incendies. »

Selon l’article 8 du traité d’armistice, signé le 22 juin 1940 entre la France et l’Allemagne, la flotte française doit être rassemblée dans des ports encore non définis, afin d’y être démobilisée et désarmée sous contrôle allemand et italien. Or, cet article inquiète le Président américain Roosevelt, et Churchill plus encore. Depuis longtemps, il ne croit plus aucun mot prononcé par Hitler. De fait, il en est persuadé, l’Allemagne va s’emparer de la flotte française, très largement et à juste titre jugée puissante. Cette éventualité devient alors directement un risque mortel pour le Royaume-Uni, tout en menaçant également la sécurité des Etats-Unis. Plus que jamais, il faut s’emparer de la flotte française.

Ainsi et avant même le lancement de l’opération Catapult, et ce malgré les protestations du nouveau gouvernement de Pétain, les navires français encore ancrés dans les port britanniques sont systématiquement bloqués. Au même moment dans la rade d’Alexandrie, l’amiral Cunningham reçoit l’ordre de bloquer la force X française de l’amiral Godfroy.

En Algérie, dans la rade de Mers el-Kébir, l’amiral français Gensoul, commandant de la flotte en présence, reçoit le commandant Holland le 24 juin. Ce dernier lui fait part des inquiétudes du gouvernement de Sa Majesté. Pourtant, le français ne réagit pas ou tout du moins, semble ne pas avoir entendu l’avertissement.

 

L’attaque de Mers el-Kébir

Le 1er juillet, Churchill décide de lancer l’opération Catapult dans la nuit, du 2 au 3 juillet suivant. Rapidement à Alexandrie, Français et Britanniques s’accordent, évitant ainsi d’inutiles combats et pertes humaines. En revanche, à Mers el-Kébir, les négociations n’aboutissent pas.

Dès l’aube de ce 3 juillet, des commandos britanniques entrent en action dans les ports de Plymouth, Portsmouth, Falmouth et Sherness en investissant les ponts des navires français. Les équipages sont ainsi chassés de bord et certains incidents éclatent, notamment à bord du sous-marin Surcouf à bord duquel un mort et plusieurs blessés sont recensés. Dans l’ensemble et si l’humiliation est réelle, l’opération n’est pour l’heure pas ressentie comme une tragédie au sein de la plupart des équipages français.

A Mers el-Kébir, l’amiral Gensoul reçoit un ultimatum à 7h00 du matin de la part de l’amiral Somerville : soit les Français se rallient à la Royal Navy dans la lutte contre l’Allemagne nazie, soit ils se rendent dans les ports britanniques et les équipages seront rapatriés, soit ils gagnent un port français des Antilles – en compagnie des britanniques – pour y être démilitarisés ou confiés aux forces armées américaines. Enfin, dernière option ; la flotte française se saborde. L’amiral français est également informé que si aucune proposition n’est acceptée, tous les moyens de force seront utilisés pour empêcher les bâtiments français de tomber aux mains ennemies.

A son tour, Gensoul fait immédiatement part cet ultimatum au gouvernement de Vichy, en ne précisant que deux options : internement dans les ports anglais ou combat. Darlan n’étant pas joignable, c’est son collaborateur, l’amiral Le Luc qui lui répond : « Bâtiments français répondront à la force par la force ». Ordre est également donné aux escadres d’Alger et de Toulon de rejoindre Mers el-Kébir pour renfort urgent. Mais finalement à 9h30, c’est bien la flotte de l’amiral Somerville qui se présente.

La journée passe et cette potentielle arrivée des renforts français incite l’amiral Somerville à précipiter les événements. A 17h54, il donne ainsi l’ordre d’ouvrir le feu sur les bâtiments français déjà en fâcheuse posture : le désarmement des navires à déjà commencé, la rade est minée et pour ainsi dire, les bâtiments, dont certains des joyaux de la Marine Nationale comme les cuirassés Dunkerque, Bretagne, Strasbourg ou Provence, sont dans l’impossibilité de manœuvrer rapidement. Le massacre semble déjà annoncé.

En seize minutes seulement, la flotte française est quasiment anéantie. Le Bretagne saute et chavire en faisant près de 900 morts rien qu’à son bord, alors que le Dunkerque et le Provence, également touchés, s’échouent. Seul le cuirassé Strasbourg parvient à prendre la fuite, en laissant derrière lui 1 380 marins tués et environ 370 blessés.

 

Les réactions à la tragédie de Mers el-Kébir

A Londres, le général de Gaulle est prévenu des événements dans la nuit du 3 au 4 juillet. Exaspéré, effondré mais surtout solidaire des marins tués, il déclare brutalement : « Ces imbéciles d’Anglais, ces criminels ! Ils font couler le sang français et ils trouvent encore le moyen d’apporter de l’eau au moulin de la capitulation… Il ne peuvent pas résister à l’envie d’abaisser la puissance maritime de la France ! »

Evidemment l’émotion ne peut qu’être vive. La France vient de perdre subitement un cinquième de sa flotte mais surtout, elle vient de perdre 1 380 hommes. En réaction à cette attaque, le gouvernement de Vichy décide de rompre ses relations diplomatiques avec le Royaume-Uni le 4 juillet. Dans l’ensemble, les Français approuvent et apprécient d’autant plus la déclaration du nouveau Ministre des Affaires Etrangères, Paul Baudoin : « A cet acte inconsidéré d’hostilité, le gouvernement français n’a pas répondu par un acte d’hostilité ». En avait elle seulement les moyens ?

Ce même jour, Winston Churchill se présente à la Chambre des Communes : « Ce fut la plus pénible et la plus odieuse décision que j’aie eu à prendre. Lorsqu’un ami et un camarade, aux côtés duquel vous avez affronté de terribles épreuves, est terrassé par un coup décisif, il peut devenir nécessaire de faire en sorte que l’arme qui lui est tombé des mains ne vienne pas renforcer l’arsenal de votre ennemi commun. Mais il ne faut pas garder rancune à votre ami pour ses cris de délire et ses gestes d’agonie. Il ne faut pas ajouter à ses douleurs : il faut travailler à son rétablissement ». Lorsqu’il termine, les députés présents se lèvent et applaudissent d’un seul homme alors que Churchill murmure pour lui-même : « Cette histoire me brise le cœur ».

Dans son journal, le 7 juillet, l’avocat parisien Maurice Garçon écrit avoir pris connaissance des faits de Mers el-Kébir : « Nous voilà brouillé avec les Anglais ! Les relations diplomatiques sont rompues. Ils ont coulé nos vaisseaux et nos avions bombardent Gibraltar. Nous sommes ainsi en état de guerre. C’est de la folie. »

Le 8 juillet, le général de Gaulle prononce à son tour une allocution depuis la radio de Londres : « Il n’est pas un seul Français qui n’ait pas appris avec douleur et avec colère que les navires de la flotte française avaient été coulés par nos Alliés. Cette douleur et cette colère viennent du plus profond de nous-mêmes. Il n’y a aucune raison de composer avec elles […]. Du seul point de vue qui doive finalement compter, c’est-à-dire du point de vue de la victoire et de la délivrance… le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l’ennemi… Par principe et par nécessité, l’ennemi les aurait un jour employés soit contre l’Angleterre, soit contre notre propre empire. Eh bien, je dis sans ambages qu’il vaut mieux qu’ils aient été détruits. […] En tenant ce drame pour ce qu’il est, je veux dire pour déplorable et détestable… les Français dignes de ce nom ne peuvent méconnaître que la défaite anglaise scellerait pour toujours leur asservissement. Nos deux vieux peuples, nos deux grands peuples demeurent liés l’un à l’autre. Ils succomberont tous les deux ou bien ils gagneront ensemble ».

En conclusion de cette même journée, Maurice Garçon écrit à nouveau : « Je renonce à me faire une opinion sur la question franco-anglaise. J’attendrai qu’il paraisse un livre d’histoire un peu impartial, et j’en ai pour quelque temps avant d’être fixé ».

Sources : Claude Faisandier – France 1918 1940 1945 Décadence d’un régime, effondrement et résistance – Editions Jourdan / Maurice Garçon – Journal 1939 1945 – Editions Fayard / Max Gallo – 1940 de l’abîme à l’espérance – XO Editions – Charles de Gaulle – Mémoires de guerre – Pocket Editions / Article de Ouest France

 

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