Le procès de Riom

Le procès de Riom est un procès voulu par le maréchal Pétain et l’ensemble des dirigeants du régime de Vichy ayant pour objectif de démontrer la responsabilité des anciens dirigeants de la troisième République dans la défaite de 1940.

Procès de Riom 1942

Trouver et juger les coupables de la défaite

C’est l’histoire d’un procès politique, pourtant très médiatique, mais dont on ne parle finalement peu. A bien des égards, il est pourtant d’une importance immense dans l’histoire de Vichy, en plein cœur de cette France meurtrie et désormais occupée. C’est l’histoire d’un procès voulu par le maréchal Pétain pour affirmer sa légitimité et déshonorer la République mais qui, tout au long de son déroulement, ne fera que produire l’inverse de l’effet désiré, égratignant par la même occasion son nouveau régime autoritaire.

Il est aujourd’hui certainement impossible de ressentir ce que nos ancêtres ressentent à cette même époque. En six semaines à peine, l’armée Française, alors considérée comme la plus puissance armée au monde, se retrouve complètement dépassée dans une débâcle militaire historique. En six semaines, la France entière s’effondre et se disloque. En quelques jours seulement, le monde d’avant n’existe plus. Place à un nouvel univers auquel personne ne s’est préparé, auquel personne n’avait même pensé imaginer. Pour ces citoyens, le choc est profond, immense et inédit. Comment cela a-t-il été possible ? Il doit bien y avoir un coupable. Il faut trouver un coupable.

C’est donc dans cette stupeur totalement généralisée que va naître un procès qui jamais n’aurait dû voir le jour. De la même manière que personne ou presque ne s’est opposé aux pleins pouvoirs du maréchal Pétain, personne ne s’oppose à l’instauration de ce procès sans fondement judiciaire, sans fondement moral non plus. Mais le peuple veut trouver le coupable responsable de tous ses malheurs et pour Pétain, un tel procès fera une formidable tribune pour assoir son autorité, pour légitimer sa fonction nouvelle et son régime anti-républicain. Les coupables sont déjà pointés du doigt.

Le procès de Riom ou le procès de la République

Alors qu’il est déjà en possession des pouvoirs exécutifs et législatifs, le maréchal obtient celui de la justice, le 30 juillet 1940, grâce à un nouvel acte constitutionnel. Une juridiction spéciale est alors créée dont sa mission prochaine sera de « juger les ministres, les anciens ministres ou leurs subordonnés immédiats accusés d’avoir trahi les devoirs de leur charge dans les actes qui ont concouru au passage de l’état de paix à l’état de guerre avant le 4 septembre 1939 et dans ceux qui ont ultérieurement aggravé les conséquences de la situation ainsi créée ». Cet acte, sans fondement juridique, est volontairement laissé « flou » afin d’en permettre toutes les latitudes possibles et nécessaires.

Dans ce contexte, la Cour suprême est convoquée à Riom, petite ville proche de Clermont-Ferrand et nouvelle capitale judiciaire de Vichy, pour entamer les investigations de la défaite. Il faut néanmoins noter que les périodes d’enquêtes sont dictées et qu’elles ne peuvent remonter plus loin que 1936, sinon quoi, certains membres de Vichy dont Pétain lui-même, pourraient y êtres confrontés. Les principales accusations se portent ainsi sur Léon Blum, ancien président du Conseil du Front populaire, Edouard Daladier, ancien ministre de la Guerre et président du Conseil de 1938 à 1940, Maurice Gamelin, ancien Chef d’Etat-Major, Guy La Chambre, ancien ministre de l’Air, Robert Jacomet, ancien secrétaire général du ministère de la Guerre, Paul Reynaud, dernier président du Conseil avant la défaite et Georges Mandel, dernier ministre de l’Intérieur. Tous sont déjà internés et privés de leur liberté.

Aussi est-il important de souligner que ces juges ne sont pas à la botte de Vichy. Certains sont d’anciens combattants et d’autres sont des magistrats reconnus et importants. Aussi rare soit-il au cours de cette période, ils sont déterminés à effectuer leur travail du mieux possible, dans les règles de la justice, bien qu’ils subissent une pression forte du pouvoir en place. Ainsi donc débute les enquêtes, les accusés sont interrogés, et on commence à dresser les premières accusations. Inévitablement, et c’est une preuve de la bonne volonté de ces juges, cela prend beaucoup de temps. Plus de 600 témoins sont entendus et l’instruction atteint rapidement les 100 000 pages.

Défaillances et abus de pouvoir

C’est alors que les premières épines viennent se planter dans les pieds de Vichy. D’une initiative entièrement Française, et maintenant que le processus est enclenché, les Allemands viennent à s’en mêler. Désormais, Vichy subit à son tour la pression de l’occupant qui souhaite que la responsabilité de déclaration de guerre soit imputée à la France… et non à l’Allemagne. Par la même occasion, Hitler souhaite inculper Paul Reynaud et Georges Mandel, farouchement opposés à l’armistice quelques mois plus tôt.

Cependant, les mois défilent, ce qui commence à agacer le maréchal et son entourage. Cela ne peut plus durer, il faut condamner. Le 27 janvier 1941, Pétain fait un pas de plus vers l’abus de pouvoir. Ainsi, un nouvel acte constitutionnel lui attribue rétrospectivement le pouvoir de juger personnellement les hauts responsables d’avant-guerre. Dans un texte toujours aussi vague et sur lequel il est impossible de coller quelconques notions juridiques, il créé un conseil de justice politique sur mesure et qui a pour mission de lui transmettre des propositions de verdicts avant le mois d’octobre 1941. Ainsi et sur l’avis totalement arbitraire de ce conseil dévoué au régime, Pétain peut enfin annoncer à la radio, le 15 octobre de cette même année, que Maurice Gamelin, Léon Blum et Edouard Daladier sont condamnés à la détention perpétuelle. Après cette parodie de justice, tout laisse à penser que la Cour de Riom sera ainsi dessaisie et qu’aucun autre procès n’aura lieu. Etonnamment, il n’en est rien. L’enquête continue, s’approfondie et désormais, les juges refusent d’inculper les accusés pour avoir déclaré la guerre mais plutôt pour une supposée impréparation. La différence peut paraître anodine, elle est cependant de taille.

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La défense des accusés

Le procès de Riom s’ouvre officiellement le 19 février 1942. Bien qu’il s’agisse d’un procès politique, la parole y est très libre et les audiences sont ouvertes. Venus du monde entier, une centaine de journalistes assiste et couvre les premières audiences de ce procès qui prend désormais une tournure internationale. Diffusé sur les ondes nationales mais aussi étrangères, les Français écoutent. Cependant depuis la défaite, le temps a passé et de l’eau a coulé sous les ponts. Ceux qui réclamaient vengeance commencent à douter de Pétain et de sa politique de collaboration. On n’en subit toujours plus les conséquences sans jamais y goûter le moindre bénéfice et on s’accommode toujours moins de cette occupation allemande. Très vite, leurs sentiments sont confortés par les propos d’une défense dont l’éloquence de certains n’est plus à prouver.

Si dans l’ensemble les accusés se montrent plutôt timides voir effacés, et c’est par exemple le cas du général Gamelin qui fait le choix du silence, il n’en est rien à propos de Léon Blum et de Edouard Daladier. Sous la forme d’un véritable show, ils deviennent rapidement et aux yeux du monde entier, les stars de ce procès. Dès les premières audiences, tous deux démontrent les incohérences des preuves à charges et le non-respect des principes mêmes à d’un procès juste et équitable. Passé ces précisions, Léon Blum commence par défendre sa politique. Alors qu’il était président de Conseil, ce dernier démontre qu’il était à l’origine même du plus gros effort de guerre fournit depuis la Première Guerre mondiale, alors que les précédents gouvernements, dont Pétain et Pierre Laval avaient participé, en avaient réduit le budget de l’armée. Sur une note pleine de morale, il s’interroge aussi de la non-présence de certaines personnes sur le banc des accusés. Peut-être est-ce sans doute parce qu’il se sont ralliés à Vichy ? La question dérange très nettement. Mais le procès prend alors une tout autre tournure lorsque les accusés en deviennent les accusateurs.

Pétain a-t-il une part de responsabilité dans l’impréparation de l’armée et donc de la défaite française ? C’est ce que veut faire entendre Daladier. Avant 1936, Pétain avait lui-même réduit le budget militaire de 20% au moment même où l’Allemagne entamait un réarmement massif. La défaite a-t-elle été possible par un manque de moyens alloués ? Chiffres à l’appui, Daladier démontre à son tour que le nombre de blindés engagés dans la bataille de France était à peu près équivalent et que c’est bien la façon dont a été employée la Division blindée qui fait défaut.

Ainsi donc, Vichy reproche un manque de matériels et d’équipements, qui en serait même à l’origine de la débâcle. Le président de la Cour interroge alors l’ancien président du Conseil : « Combien y avait-il de chars modernes en 1936 ? Puis en mai 1940 ? ». Daladier répond : « Trente quatre en 1936. Trois mille cinq-cents en 1940. » L’échange se poursuit : « En 1936 ou 1937, combien de canons aériens basse altitude pour la protection des troupes » ? La réponse est sans appel : « zéro en 1936. Deux mille cinq-cents en 1940 ».

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Le procès de Riom : une parodie de justice et une déroute judiciaire

La déroute judiciaire se poursuit pour Vichy lorsque Daladier toujours, annonce s’être heurté à l’Etat-Major à propos de la création de la Division blindée, tant désirée par le capitaine de Gaulle. Il met en avant les fortes carences stratégiques de l’armée allant même jusqu’à reprocher au maréchal Pétain, alors vice-président du conseil supérieur de la guerre en 1927, de s’être opposé à l’expansion de la Ligne Maginot sur la frontière Nord. Daladier poursuit et informe la Cour que lorsqu’il était ministre de la Guerre en 1936, il avait demandé une étude sur l’organisation de la défense de Sedan et des Ardennes. Pétain lui-même avait répondu devant le Sénat que ce secteur n’était pas dangereux et que les Ardennes étaient impénétrables.

A force d’acharnement, la défense parvient à démontrer que la défaite incombe plus à une défaillance stratégique militaire qu’à une réelle faute de moyens accordés. Le régime est dans l’embarra d’autant plus que ce procès va finalement « réveiller » les Français, comprenant alors qu’il se passe « quelque chose » devant cette admirable défense des accusés. Il est vrai aussi que Daladier et Blum, dont ce dernier fut même avocat, sont réputés pour être de très grands orateurs.

Tout se retourne contre le régime de Vichy. Et même si la presse française est fortement censurée, les informations venant de l’étranger sont accablantes pour le maréchal Pétain. Le procès de Riom qui n’est finalement rien de plus que le procès de la République devient une véritable tribune pour l’ancien régime et renforce encore plus les espoirs d’une victoire alliée dans le cœur des citoyens. Hitler lui-même fustige ce procès et le 14 avril 1942, Vichy jette finalement l’éponge tout en prétendant tout de même poursuivre les enquêtes. Evénement qui n’arrivera point, l’affaire est définitivement clôturée le 21 mai 1943. Pétain voulait régler ses comptes avec le « régime ancien », mais s’est retrouvé complètement dépassé dès les premières audiences. Dans cette histoire, il est bon de souligner une nouvelle fois l’indépendance de ces juges en plein cœur d’un régime autoritaire. Pour autant, les accusés seront tout de même renvoyés en cellules puis par la suite déportés.

L’ensemble des inculpés du procès de Riom sera libéré à l’issue de la guerre, à l’exception de Georges Mandel, assassiné par la Milice française en 1944.

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