Le bombardement d’Abbeville

Le bombardement d’Abbeville par l’aviation allemande a lieu le 20 mai 1940, pendant la Bataille de France. Cible d’attaque inexpliquée, Abbeville n’est pourtant pas une ville stratégique sur le plan militaire. En revanche, elle est quotidiennement traversée par des milliers de réfugiés, fuyant l’avancée des troupes allemandes. Sous les bombes, au moins 2 500 d’entre eux y perdront la vie.

Abbeville

Abbeville : route de l’exode

C’est une cohue sans nom qui règne depuis plusieurs jours à Abbeville. Tout est lourd d’angoisse. Chargés de bagages hétéroclites et de leurs affreux récits, des milliers de réfugiés, des civils en très large majorité, transitent par cette ville de Picardie. Le sentiment de malheur rend l’air irrespirable aussi rapidement que les rues se chargent de ces malheureux. De jour comme de nuit, ils marchent depuis une éternité pour fuir cette guerre qui les a brutalement arraché de leur vie routinière. Cette routine, on la regrette déjà. Les enfants ne vont plus à l’école, on ne rentre plus du travail. Seule la fuite compte désormais.

Il n’est pas rare de croiser une famille entière et sur plusieurs générations, agglutinée dans une calèche, elle-même tirée par des chevaux qui n’ont d’autre choix que d’assumer cette infernale cadence. Les voitures deviennent de plus en plus rares. Ceux qui ont la chance d’en avoir doivent finalement les abandonner, faute d’essence. De fait, les plus nombreux sont à pied ou à vélo. Femmes, hommes, enfants, tous sont fatigués de cette longue et pénible marche. Ils sont usés de s’être jetés dans les fossés au moindre bruit ou signe suspect. « Et ce brouillard au loin ? N’est-il pas du gaz ? Faut-il rebrousser chemin ? » Puis, il y ceux qui ont finalement trouvé le repos éternel, allongés le long d’une route, mitraillés par une aviation ennemie sans pitié aucune.

Ils sont Hollandais, Belges et aussi Français, bien évidemment. Pour eux, Abbeville n’est qu’un itinéraire de passage. Tous n’ont qu’un objectif en tête ; rejoindre l’Ouest de la France en longeant les côtes de la Manche. Inévitablement, la ville se retrouve ainsi bondée, la gare l’est tout autant. Les trains sont chargés de voyageurs, mais ils sont bloqués à quai. On attend, on cherche à se ravitailler en vivres, on s’impatiente aussi.

Tôt dans la matinée de ce 20 mai 1940, la nouvelle se propage à toute vitesse. Elle est en partie rapportée par ces civils qui fuyaient par le Sud, renvoyés par les Allemands en direction d’Abbeville. Amiens, elle-même bombardée la veille, est entièrement en feu.

 

Près de 5 000 tonnes de bombes

A 9h00, les premières et inquiétantes sirènes d’alerte se font entendre dans Abbeville. La panique gagne davantage ces milliers de réfugiés et habitants. Quelques minutes plus tard, on reconnait le terrible bruit des Stukas, qui foncent à toute vitesse sur la ville.

A 9h30 très exactement, la Lufftwaffe se montre dans le ciel Picard. Plusieurs Heinkel et Stukas larguent leurs bombes sur cette cité qui n’est pourtant aucunement stratégique. Les déflagrations, les cris et les hurlements percent les oreilles de tous ceux qui s’y trouvent. La panique est totale. L’aviation allemande cible principalement le centre-ville et la gare. Les rues se retrouvent plongées dans un étouffant nuage de poussière et de gravas projetés les uns contre les autres.  

A peine le temps de se relever de ce premier raid qu’un second débute à 11h30. Une nouvelle fois, l’aviation allemande se déchaine sur la gare. Jusqu’à 18h00 de cette longue journée, les attaques se poursuivent à un rythme effréné. Presque toutes les 40 minutes, des vagues de bombes s’écrasent sur le centre-ville historique, désormais rayé de la carte, et sur le quartier de la gare. Lorsqu’en fin d’après-midi cesse enfin ce cauchemar, c’en est un autre qui démarre, ou du moins qui se poursuit. Les corps, méconnaissables pour beaucoup, jonchent les rues et les ruines d’Abbeville. La morgue est saturée alors on allonge les cadavres dans les jardins.

Il n’existe aucun bilan officiel de cette attaque, cette guerre ne fait que bousculer les événements. Il est très difficile d’identifier les victimes. Soit parce que l’état dans lequel elles se trouvent ne le permet pas, soit parce qu’elles sont étrangères, isolées. Ceux qui le peuvent regagnent immédiatement les routes de l’exode, marqués et meurtris à jamais. Fuir, toujours fuir cette machine infernale et qui paraît bien inarrêtable. 

 

Abbeville tombe à son tour

Le bombardement d’Abbeville reste encore à ce jour inexplicable. Au moment des faits, les Allemands ont pourtant bien connaissance de la présence de ces milliers de réfugiés. Peu de forces françaises ou britanniques y sont logées, il n’y a aucune réserve stratégique, elle est ainsi très faiblement défendue. La défense anti-aérienne a de plus été très rapidement neutralisée et aucun chasseur allié ne s’est montré dans le ciel ce jour-là.

A 20h30, les forces allemandes entrent dans ce champ de ruines qu’est maintenant Abbeville. Immédiatement, les Panzers foncent en direction de Noyelles-sur-Mer. Au cours de cette seule journée, la Première Panzerdivision va parcourir plus de 100 kilomètres, approchant aussi Boulogne-sur-Mer. A 2h00 du matin, l’ennemi atteint la Manche et plus d’un million de soldats alliés se retrouvent alors enfermés et encerclés dans le Nord de la France, coupant ainsi toutes communications des armées présentes en Belgique. Impensable et pourtant.

Le lendemain au Sénat, en présence du maréchal Pétain désigné second du gouvernement depuis le remaniement du 18 mai, Paul Reynaud déclare : « Pour moi, si l’on venait me dire un jour que seul un miracle peut sauver la France, ce jour-là, je dirais : Je crois au miracle parce que je crois en la France ». Seulement pour l’heure, ce miracle ne viendra pas. Déjà les britanniques cherchent un moyen de rapatrier le Corps expéditionnaire, plus que jamais menacé. Churchill le comprend rapidement, ce n’est plus qu’une question de jours : comme la Pologne, la France va tomber. Il va donc falloir continuer seul et pour poursuivre cette guerre contre l’Allemagne nazie, on commence déjà à organiser les plans d’une évacuation, qui portera le nom de Dynamo.

 

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